Tous les automnes, c’est le même rituel. Les températures baissent, les virus respiratoires reviennent et la campagne contre la grippe redémarre. Mais une partie des Français les plus fragiles continue de passer à côté de la vaccination.
C’est le constat dressé par Santé publique France dans une analyse publiée le 15 septembre 2026 dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH). L’agence sanitaire s’est penchée sur l’évolution de la couverture vaccinale contre la grippe en France depuis 2007, aussi bien chez les personnes susceptibles de développer une forme grave que chez les professionnels qui les accompagnent. Et pour la grippe lors de la saison 2024-2025, seuls 53,7 % des 65 ans et plus et 25,3 % des moins de 65 ans présentant un risque de grippe sévère avaient été vaccinés, selon Santé publique France.
Un objectif de 75 % encore très loin d’être atteint
La situation est d’autant plus frappante que la France ne manque pas d’objectif en la matière. La cible historique fixée pour les personnes à risque est une couverture vaccinale de 75 %. On en est loin. Très loin même pour certaines catégories. Selon les données du Système national des données de santé (SNDS) analysées par Santé publique France, la couverture vaccinale atteignait 46,5 % pour l’ensemble des personnes à risque lors de la saison 2024-2025. Dans le détail, elle était donc de 53,7 % chez les 65 ans et plus, mais tombait à 25,3 % chez les personnes à risque âgées de moins de 65 ans.
Cette deuxième catégorie est particulièrement importante. Car avoir moins de 65 ans ne signifie pas forcément être à l’abri d’une grippe sévère. Certaines maladies chroniques respiratoires, cardiaques, neurologiques ou rénales, le diabète, certains cancers ou encore une immunodépression peuvent augmenter le risque de complications. L’Assurance maladie rappelle également que la vaccination est recommandée aux femmes enceintes, aux personnes présentant une obésité avec un indice de masse corporelle d’au moins 40 kg/m², ainsi qu’aux personnes accueillies dans certains établissements médico-sociaux. Le vaccin ne constitue évidemment pas un bouclier absolu contre l’infection. Mais son intérêt ne se résume pas à éviter quelques jours de fièvre au fond du lit. Elle diminue le risque de complications graves et de décès chez les personnes les plus vulnérables.
Grippe : depuis 2020, le réflexe vaccination s’est émoussé
La vaccination avait bondi avec le Covid… avant de redescendre
Il y a pourtant eu une période où les Français à risque se sont davantage tournés vers le vaccin contre la grippe : l’arrivée du Covid-19. Chez les personnes âgées de 65 ans et plus, la couverture vaccinale avait atteint 59,9 % pendant la saison 2020-2021. Depuis, elle s’est érodée pour atteindre 53,7 % en 2024-2025.
Le phénomène est encore plus marqué chez les moins de 65 ans présentant un risque de forme grave. Leur couverture avait grimpé à 38,7 % en 2020-2021, soit environ dix points supplémentaires par rapport aux niveaux précédents rapportés par Santé publique France. Quatre saisons plus tard, elle était retombée à 25,3 %, soit une baisse de 13,4 points par rapport à ce pic.
Même les Ehpad n’échappent pas totalement au mouvement. La couverture des résidents, qui reste nettement supérieure à celle observée dans les autres populations étudiées, atteignait 93,4 % en 2020-2021. Elle était de 82,7 % en 2024-2025. Cela reste un niveau élevé, plus de huit résidents sur dix étaient vaccinés. Mais la tendance est orientée à la baisse.
Dans les Ehpad, les soignants sont encore très peu vaccinés
Les personnes qui travaillent quotidiennement auprès de personnes âgées très fragiles sont elles-mêmes relativement peu nombreuses à être vaccinées contre la grippe. Santé publique France estime qu’en 2024-2025, la couverture vaccinale atteignait 24,2 % chez les professionnels de santé exerçant en Ehpad. Mais cette moyenne cache d’importantes différences selon les métiers. D’après les données reprises par la Haute Autorité de santé en 2026, 56,3 % des médecins, 34,2 % des infirmiers et seulement 19,3 % des aides-soignants travaillant dans ces établissements étaient vaccinés lors de la saison 2024-2025. En clair, moins d’un aide-soignant sur cinq.
Et là encore, la tendance générale n’est pas favorable. Chez l’ensemble des professionnels de santé exerçant en Ehpad, la couverture est passée de 31,9 % en 2018-2019 à 24,2 % en 2024-2025, selon les données de Santé publique France reprises par la HAS. Le sujet dépasse la seule protection individuelle du professionnel. Les soignants travaillent au contact de patients ou de résidents chez lesquels une infection grippale peut avoir des conséquences beaucoup plus importantes que chez un adulte jeune et en bonne santé.
C’est d’ailleurs ce qui a conduit la Haute Autorité de santé à se saisir du sujet. Dans une recommandation publiée le 20 juillet 2026, la HAS s’est prononcée en faveur de l’instauration progressive d’une obligation vaccinale contre la grippe pour les professionnels de santé et certains autres professionnels en contact avec des personnes à risque de forme sévère, avec un déploiement prioritaire dans les Ehpad et les unités de soins de longue durée (USLD). En revanche, elle n’a pas recommandé de rendre cette vaccination obligatoire pour les personnes de 65 ans et plus vivant en collectivité, préférant maintenir une recommandation.
On se vaccine davantage dans le Nord-Ouest que dans le Sud-Est
Tous les Français ne se vaccinent pas de la même manière selon l’endroit où ils vivent. Santé publique France met en évidence d’importantes disparités territoriales, avec des couvertures particulièrement faibles dans les territoires ultramarins, notamment aux Antilles. Dans l’Hexagone, les données dessinent également un gradient Nord-Ouest/Sud-Est. Dit autrement, la vaccination contre la grippe tend globalement à être davantage suivie dans le Nord-Ouest du pays et moins dans le Sud-Est.
Ces écarts géographiques ne constituent pas les seules différences observées. Santé publique France souligne également l’existence d’inégalités sociales de vaccination. La couverture peut notamment varier selon les caractéristiques socio-économiques des populations. Un élément important, car disposer d’un vaccin et le recommander ne suffit pas nécessairement à obtenir une couverture élevée. Encore faut-il que les personnes concernées sachent qu’elles font partie des publics prioritaires, aient confiance dans la vaccination et puissent facilement y accéder.
Qui devrait se faire vacciner contre la grippe ?
Le vaccin contre la grippe n’est pas réservé aux personnes très âgées. Il est recommandé chaque année à toutes celles qui présentent davantage de risques de développer une forme grave ou des complications. Selon l’Assurance maladie, la vaccination est notamment recommandée :
- aux personnes âgées de 65 ans et plus ;
- aux personnes dès l’âge de 6 mois atteintes de certaines maladies chroniques, notamment respiratoires, cardiovasculaires, neurologiques ou rénales, ainsi qu’aux personnes souffrant de diabète ou présentant certains déficits immunitaires ;
- aux femmes enceintes, quel que soit le stade de leur grossesse ;
- aux personnes présentant une obésité sévère, avec un indice de masse corporelle (IMC) égal ou supérieur à 40 kg/m² ;
- aux personnes accueillies dans certains établissements médico-sociaux, quel que soit leur âge ;
- à l’entourage de certains nourrissons fragiles et des personnes immunodéprimées, afin de limiter le risque de leur transmettre le virus.
La vaccination est également recommandée aux professionnels régulièrement en contact avec des personnes à risque de forme grave, notamment les professionnels de santé. Et pas forcément besoin de prendre rendez-vous chez son médecin traitant. La vaccination est aujourd’hui accessible auprès de plusieurs professionnels de santé. Les médecins et les sages-femmes peuvent prescrire et administrer le vaccin. Les pharmaciens et les infirmiers peuvent également le prescrire et le réaliser à partir de 11 ans, dans les conditions prévues par la réglementation. Pour les personnes auxquelles la vaccination contre la grippe est recommandée, le vaccin est pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie.
Vaccination contre la grippe : pourquoi faut-il recommencer tous les ans ?
Parce que le virus de la grippe aime changer de costume. Les virus grippaux évoluent continuellement. La composition du vaccin est donc actualisée régulièrement pour correspondre au mieux aux souches susceptibles de circuler pendant la saison suivante, sur la base notamment des recommandations de l’OMS. Voilà pourquoi une vaccination réalisée l’hiver précédent ne dispense pas de tendre à nouveau le bras l’année suivante. Et même lorsqu’il ne permet pas d’éviter toutes les infections, le vaccin garde un intérêt particulier chez les personnes fragiles : réduire le risque de développer une forme grave, d’être hospitalisé ou de mourir des complications de la grippe.
La saison 2025-2026 l’a encore rappelé. Face à une circulation virale particulièrement active, la campagne française avait dû être prolongée jusqu’au 28 février 2026. Au 31 décembre 2025, l’Assurance maladie indiquait que seulement 46,3 % de l’ensemble des personnes ciblées avaient alors été vaccinées, dont 53,3 % des 65 ans et plus. À quelques semaines du retour de la prochaine saison grippale, le constat dressé par Santé publique France tombe donc à point nommé. La France sait précisément qui protéger en priorité et dispose d’un vaccin accessible à ces populations. Reste désormais la partie la plus compliquée : réussir à faire remonter les couvertures vaccinales, notamment chez les personnes vulnérables et ceux qui prennent soin d’elles.
À SAVOIR
Pas besoin d’espacer les vaccins contre la grippe et le Covid-19. Ils peuvent être administrés le même jour, avec une injection dans chaque bras. Et s’ils sont réalisés séparément, aucun délai minimum n’est à respecter entre les deux.




