La diphtérie circule encore, y compris en France. Vendredi 11 septembre 2026, un cas a été détecté chez un patient qui avait été hospitalisé au Centre hospitalier de Dunkerque. Selon les informations communiquées le 15 septembre par l’Agence régionale de santé (ARS) des Hauts-de-France, celui-ci a immédiatement été pris en charge dans un circuit adapté. Il est toujours hospitalisé au CHU de Lille et reçoit un traitement spécifique.
Surtout, les analyses ont permis d’identifier précisément la bactérie en cause : Corynebacterium diphtheriae. Celle-ci est porteuse du gène lui permettant de produire la toxine diphtérique. Un détail qui n’en est pas un, puisque c’est principalement cette toxine qui peut rendre la maladie dangereuse et provoquer des complications, notamment au niveau du cœur ou du système nerveux. L’ARS a donc lancé une enquête autour du malade. L’objectif est désormais simple : retrouver les personnes ayant eu un contact suffisamment rapproché avec lui pour qu’une transmission ait pu se produire et agir avant l’apparition d’éventuels nouveaux cas.
Des soignants et des pompiers placés sous surveillance
Pour l’heure, les autorités sanitaires ne font pas état d’une épidémie dans le Dunkerquois. Nous sommes face à un cas identifié autour duquel des mesures de prévention ont immédiatement été mises en place. Les personnels soignants de l’hôpital et les sapeurs-pompiers ayant eu un contact considéré comme à risque avec le malade ont notamment été identifiés. Selon l’ARS Hauts-de-France, ils ont reçu un traitement antibiotique préventif. Leur statut vaccinal est également vérifié par les services de santé au travail et une mise à jour de leur vaccination peut être proposée si nécessaire.
Les investigations ne s’arrêtent pas aux professionnels de santé. L’ARS cherche à retrouver toutes les personnes susceptibles d’avoir été exposées. Le patient a notamment pu séjourner dans des campements accueillant des personnes récemment arrivées en France sur le littoral. L’agence travaille donc avec les associations présentes sur place pour identifier les contacts potentiellement à risque et mettre en œuvre les mesures de prévention adaptées. Cette recherche autour du malade est particulièrement importante avec la diphtérie, car les premiers symptômes peuvent apparaître rapidement après la contamination. Sa période d’incubation généralement comprise entre deux et cinq jours.
Faut-il s’inquiéter de ce cas de diphtérie ?
La diphtérie, c’est quoi exactement ?
La forme classique de la diphtérie est provoquée par la bactérie Corynebacterium diphtheriae. Cette bactérie peut se transmettre d’une personne à l’autre par les sécrétions du nez et de la gorge, notamment lors de contacts rapprochés, mais également à partir de certaines lésions cutanées. La transmission par l’intermédiaire d’objets contaminés existe aussi, mais elle est beaucoup plus rare, précise Santé publique France.
La maladie peut prendre différentes formes. La plus connue touche la sphère ORL, autrement dit principalement la gorge. Elle peut provoquer une angine, des difficultés à avaler, des ganglions sous la mâchoire ou encore un gonflement du cou. L’un de ses signes les plus caractéristiques est l’apparition sur les amygdales et dans la gorge de ce que les médecins appellent des « fausses membranes » : des dépôts blanchâtres, crème ou grisâtres particulièrement adhérents aux tissus. Dans les formes sévères, ils peuvent s’étendre vers le larynx et gêner la respiration. Une forme cutanée existe également. Elle se manifeste notamment au niveau d’une plaie ou d’une ulcération de la peau.
Une maladie rare en France… mais pas totalement disparue
La vaccination généralisée a profondément modifié l’histoire de cette maladie. La diphtérie due à Corynebacterium diphtheriae avait disparu de France hexagonale entre 1990 et 2010, en dehors de rares cas importés. Mais « rare » ne veut pas dire « éradiquée ». La France a ainsi connu une augmentation inhabituelle des cas en 2022 et 2023, principalement au sein de populations migrantes. Depuis 2024, Santé publique France indique également que quelques cas probablement contractés en France hexagonale sont régulièrement détectés, principalement chez des personnes sans domicile fixe.
Les dernières données nationales consolidées permettent de mesurer à quel point la maladie reste peu fréquente. En 2025, 39 cas de diphtérie liés à des bactéries porteuses du gène de la toxine ont été déclarés en France. Parmi eux, 14 cas dus à Corynebacterium diphtheriae ont été recensés en France hexagonale, dont dix formes cutanées et trois formes ORL. Sept autres ont été recensés à Mayotte et un en Guyane. Dix-sept cas liés à une autre bactérie susceptible de produire la toxine diphtérique, Corynebacterium ulcerans, ont également été recensés dans l’Hexagone. À titre de comparaison, Santé publique France avait enregistré 35 cas à C. diphtheriae en France hexagonale en 2022, contre 18 en 2023 et 15 en 2024. Sur la période 2017-2021, la moyenne n’était que de 3,4 cas par an dans l’Hexagone.
Le vaccin reste la principale protection
Si la diphtérie est devenue très rare en France, c’est avant tout grâce à la vaccination. Elle est obligatoire chez les nourrissons et plusieurs rappels sont ensuite recommandés tout au long de la vie. Le calendrier vaccinal prévoit une vaccination contre la diphtérie :
- à 2 et 4 mois, avec un rappel à 11 mois ;
- à 6 ans ;
- entre 11 et 13 ans ;
- à 25, 45 et 65 ans ;
- puis tous les dix ans après 65 ans.
Chez les tout-petits, la couverture vaccinale est très élevée. Selon Santé publique France, plus de 95 % des enfants de 24 mois sont vaccinés contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (DTP). En revanche, les rappels sont plus souvent oubliés avec l’âge. En 2024, 82,1 % des enfants de 6 ans et 76,7 % des 11-13 ans avaient reçu leur rappel DTP. Chez les adultes, la couverture diminue encore. Elle atteignait 50 % à 65 ans, 44 % à 75 ans et seulement 34 % à 85 ans, selon Santé publique France.
À SAVOIR
On peut transmettre la diphtérie sans être malade. Une personne peut porter la bactérie sans avoir aucun symptôme et malgré tout la transmettre à son entourage. Selon Santé publique France, ce portage peut durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois.




