Écrans : passer plus de temps devant serait-il bon pour le cerveau de nos ados ?

le 28 août 2026 à 14h53
Un adolescent concentré devant son écran d’ordinateur.
Les jeux de stratégie sollicitent notamment la mémoire, l’attention et la résolution de problèmes. © Magnific
Et si les écrans n’avaient pas que des mauvais côtés ? Une étude finlandaise menée auprès de 260 jeunes suivis pendant huit ans montre qu’un temps d’écran plus important depuis l’enfance est associé à de meilleures performances cognitives à l’adolescence.
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Smartphone, télévision, ordinateur, console… Dès qu’il est question des écrans et des enfants, le débat tourne généralement autour du temps passé devant et des risques d’en abuser. Une nouvelle étude finlandaise vient pourtant apporter une nuance intéressante à ce tableau. Publiés en 2026 dans la revue scientifique Pediatric Exercise Science, les travaux de chercheurs des universités de Jyväskylä et de Finlande orientale suggèrent qu’un temps d’écran plus important entre l’enfance et l’adolescence est associé à de meilleures capacités de traitement cognitif à l’adolescence.

Les jeunes qui déclaraient avoir passé davantage de temps devant des écrans au cours de leur développement obtenaient, à l’adolescence, de meilleurs résultats pour certaines fonctions mobilisant notamment l’apprentissage, l’attention et la mémoire de travail. De quoi donner des arguments aux ados qui négocient une heure supplémentaire devant leur écran ? Pas si vite. L’étude ne montre pas que les écrans rendent plus intelligents. Elle ne remet pas non plus en cause les risques associés à certains usages excessifs. Elle invite surtout à regarder au-delà du simple compteur d’heures.

Les écrans seraient-ils finalement bons pour le cerveau des ados ?

260 jeunes suivis pendant huit ans

Les chercheurs se sont appuyés sur 260 jeunes Finlandais, dont 124 filles et 136 garçons, suivis pendant huit ans, dans le cadre de l’étude PANIC (Physical Activity and Nutrition in Children Study). À la fin du suivi, les participants avaient entre 15 et 17 ans, avec une moyenne d’âge de 15,8 ans. Tout au long de l’étude, les scientifiques ont suivi leurs habitudes : 

Ces informations ont été recueillies à l’aide de questionnaires. Mais aussi de capteurs permettant de mesurer les mouvements et la fréquence cardiaque. Arrivés à l’adolescence, les participants ont ensuite passé une série de tests informatisés destinés à évaluer plusieurs capacités cognitives. Notamment l’apprentissage, l’attention et la mémoire de travail. Cette dernière désigne notre capacité à garder temporairement une information en tête pour l’utiliser aussitôt. Par exemple, lorsque l’on fait un calcul mental ou que l’on retient une consigne le temps de l’exécuter.

Plus d’écran associé à de meilleures performances cognitives

Selon l’étude de Petri Jalanko et ses collègue, les adolescents qui avaient déclaré passer davantage de temps devant les écrans depuis l’enfance obtenaient, en moyenne, de meilleurs résultats aux tests évaluant certaines capacités cognitives. Concrètement, les chercheurs ont évalué plusieurs fonctions du cerveau, parmi lesquelles :

  • l’attention, c’est-à-dire la capacité à rester concentré et à réagir à une information ;
  • l’apprentissage, autrement dit la capacité à enregistrer et assimiler de nouvelles informations ;
  • la mémoire de travail, qui permet de garder temporairement une information en tête pour l’utiliser immédiatement. Par exemple, lors d’un calcul mental ou pour suivre une consigne.

Les jeunes ayant déclaré davantage de temps d’écran présentaient notamment de meilleures performances de mémoire de travail. Autrement dit, l’étude met en évidence un lien statistique entre un temps d’écran plus important au fil des années et de meilleurs résultats à certains tests cognitifs à l’adolescence. Mais cela ne signifie pas que passer plus de temps devant un écran améliore directement le cerveau. Les chercheurs avancent plutôt l’hypothèse que certaines activités numériques peuvent solliciter la réflexion, la résolution de problèmes, la créativité ou encore l’apprentissage.

Car deux heures devant un écran peuvent cacher des usages très différents. Élaborer une stratégie dans un jeu vidéo, rechercher des informations pour un devoir ou créer du contenu ne sollicite pas le cerveau de la même manière que regarder passivement des vidéos. L’étude ne permet toutefois pas de déterminer quelles activités numériques pourraient expliquer les meilleures performances observées.

Non, l’étude ne dit pas que les écrans rendent plus intelligents

C’est la grosse nuance à garder en tête. Cette étude est observationnelle. Les scientifiques observent des associations entre différents comportements et les résultats obtenus aux tests. Mais cela ne permet pas de déterminer que l’un provoque directement l’autre. En clair, les chercheurs constatent que davantage de temps d’écran est associé à certaines meilleures performances cognitives. Ils ne peuvent pas affirmer que les écrans sont responsables de ces performances.

D’autres facteurs peuvent intervenir. Le type d’activité réalisée sur l’écran, le contexte familial, les habitudes d’apprentissage ou d’autres caractéristiques individuelles peuvent notamment contribuer aux différences observées. Les auteurs eux-mêmes restent prudents. Ils soulignent la nécessité de réaliser davantage d’études d’intervention. Cela afin de mieux comprendre d’éventuelles relations de cause à effet. Il serait donc faux de transformer les conclusions en « plus un adolescent passe de temps devant son écran, meilleur sera son cerveau ». L’étude dit quelque chose de bien plus subtil. En l’occurence, le temps d’écran ne semble pas pouvoir être résumé à un comportement uniformément défavorable aux capacités cognitives.

Impact de l’hyperconnexion : tous les écrans ne se valent pas !

Faire ses devoirs sur un ordinateur, discuter avec ses amis, regarder une série, programmer, dessiner sur une tablette, jouer à un jeu vidéo, consulter les réseaux sociaux ou regarder des vidéos courtes sont autant de comportements comptabilisés comme du temps passé devant un écran, alors que les sollicitations intellectuelles et les conséquences sur le quotidien peuvent être très différentes.

C’est justement l’une des pistes ouvertes par les chercheurs finlandais. Mieux étudier la nature des activités numériques, et pas seulement leur durée. Cela ne signifie pas pour autant que la durée n’a plus aucune importance. Un usage des écrans qui empiète sur le sommeil, l’activité physique ou les relations sociales peut poser problème. Et ce, indépendamment de ses éventuels bénéfices cognitifs. En France, l’Assurance Maladie recommande d’ailleurs aux parents de distinguer le temps d’écran consacré au travail scolaire de celui dédié aux loisirs et de veiller à préserver un équilibre avec les autres activités du quotidien.

En France, le temps d’écran augmente rapidement avec l’âge

En grandissant, les enfants passent de plus en plus de temps devant les écrans. Et pas seulement pour faire leurs devoirs. Selon l’étude nationale Enabee de Santé publique France, réalisée auprès d’enfants scolarisés en France hexagonale en 2022, le temps d’écran consacré aux loisirs atteignait en moyenne 1 h 22 par jour chez les 3-5 ans, 1 h 53 chez les 6-8 ans et 2 h 33 chez les 9-11 ans. En quelques années seulement, la durée quotidienne moyenne augmente donc de plus d’une heure.

Chez les plus grands, les écrans occupent déjà une part importante du temps libre. Parmi les 9-11 ans, 55 % passaient en moyenne plus de deux heures par jour devant un écran pour leurs loisirs. Les jours sans école, cette proportion grimpait même à 70 %, selon Santé publique France. Et les écrans utilisés évoluent eux aussi avec l’âge. La télévision reste l’équipement le plus utilisé jusqu’au CM2, mais le smartphone et les consoles prennent progressivement davantage de place. À 11 ans, 46 % des enfants possédaient déjà leur propre smartphone.

Et l’activité physique dans tout ça ?

L’étude finlandaise ne s’est d’ailleurs pas intéressée uniquement aux écrans. Les scientifiques ont également cherché à comprendre les liens entre activité physique, sédentarité et cognition. Là encore, les résultats sont loin d’être aussi simples qu’un match entre canapé et baskets. Chez les filles, davantage d’activité physique légère depuis l’enfance était associé à une meilleure mémoire de travail à l’adolescence. Chez les garçons, une quantité plus importante d’activité physique encadrée était associée à une meilleure mémoire de travail.

En revanche, lorsque l’activité physique et la sédentarité étaient mesurées objectivement avec le capteur combinant mouvements et fréquence cardiaque, les chercheurs n’ont pas retrouvé d’association avec le traitement cognitif. Pour les auteurs, ces résultats montrent justement que les relations entre activité physique, sédentarité et fonctionnement cognitif sont complexes et peuvent varier selon le type d’activité, la manière dont elle est mesurée et le sexe des participants.

Le vrai enjeu : ce que les ados font de leurs écrans

L’étude montre surtout que tous les usages numériques ne peuvent pas être mis dans le même panier et que le nombre d’heures passées devant un écran ne suffit pas à lui seul pour en mesurer les effets. Jouer à un jeu de stratégie, apprendre, créer ou rechercher des informations peut solliciter l’attention, la réflexion ou la résolution de problèmes, contrairement à des usages plus passifs comme faire défiler des vidéos pendant des heures. 

Mais le temps d’écran peut aussi devenir problématique lorsqu’il prend la place d’activités essentielles, notamment le sommeil, l’activité physique ou les relations sociales. Le principal enseignement est donc plus nuancé qu’un simple « écrans : bons ou mauvais ? » : au-delà du nombre d’heures, il faut aussi regarder ce que les adolescents font sur leurs écrans, comment ils les utilisent et la place qu’ils occupent dans leur quotidien.

À SAVOIR 

Mieux vaut poser son smartphone au moment de passer à table ! Selon l’Assurance Maladie, manger devant un écran peut perturber l’attention portée aux sensations de satiété et conduire à manger plus mécaniquement, voire en plus grande quantité. Les repas sans télévision, téléphone ou tablette sont donc recommandés, notamment chez les enfants et les adolescents.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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