Mal de gorge : et si c’était une diphtérie ?

Un homme grimaçant de douleur à la gorge, suspectant une diphtérie.
La diphtérie peut d’abord ressembler à une angine, avec un mal de gorge, une douleur à la déglutition, une fièvre modérée et des ganglions gonflés. ©pixelshot / Canva
La diphtérie est devenue très rare en France grâce à la vaccination, mais elle n'a pas complètement disparu. En 2025, 39 cas liés à des bactéries produisant une toxine ont encore été recensés․ Au départ, l'infection ressemble à une angine ordinaire, mais elle peut s'aggraver considérablement lorsque la toxine atteint le cœur ou le système nerveux․ Quels sont les signes qui peuvent faire suspecter une diphtérie ? Pourquoi observe-t-on parfois une membrane blanchâtre ou grisâtre dans la gorge ? Comment se transmet cette maladie et pourquoi est-il crucial de commencer le traitement rapidement ? Nos explications․
Sommaire

Fièvre modérée, douleur en avalant, fatigue, ganglions enflés… Au début, la diphtérie peut facilement être confondue avec une angine beaucoup plus courante․ Cependant, dans sa forme respiratoire classique, une membrane épaisse blanchâtre ou grisâtre peut peu à peu recouvrir les amygdales ainsi que le fond de la gorge․ La vaccination a rendu cette infection bactérienne très rare en France. Sans pour autant l’éliminer complètement․

En 2025, 39 cas de diphtérie dus à des bactéries productrices de toxines ont encore été signalés sur le territoire français, toutes espèces de Corynebacterium comprises․ Le principal risque vient de la toxine produite par certaines souches. Souche qui peut atteindre le cœur ou le système nerveux si le traitement n’est pas initié rapidement․

Les premiers symptômes ressemblent parfois à une angine

Pour rappel, la diphtérie est une infection bactérienne principalement causée par Corynebacterium diphtheriae․ D’autres espèces, comme C․ ulcerans et plus rarement C․ pseudotuberculosis, sont aussi capables de produire la toxine diphtérique․

Après une période d’incubation généralement comprise entre deux et cinq jours, les premiers symptômes se manifestent progressivement. A savoir mal de gorge, fièvre, grande fatigue, ganglions enflés au niveau du cou et difficultés à avaler․

À ce stade, rien ne permet forcément au patient de différencier cette maladie d’une autre infection ORL, comme une angine bactérienne à streptocoque, une angine virale banale ou une mononucléose infectieuse. Ainsi, la diphtérie ne peut pas être diagnostiquée simplement parce qu’une personne souffre d’un mal de gorge.

Pourquoi une membrane blanche ou grise apparaît-elle ?

Dans les formes respiratoires toxinogènes, les tissus endommagés s’accumulent avec des cellules inflammatoires et divers débris, formant ainsi une pseudomembrane épaisse․ Celle-ci peut recouvrir les amygdales, le pharynx, et parfois même les fosses nasales․

Lorsqu’elle se propage, la déglutition devient difficile et les voies respiratoires peuvent être obstruées․ L’OMS décrit cette membrane grisâtre comme un signe classique permettant de suspecter la maladie․ Une telle lésion ne doit en aucun cas être grattée ou retirée soi-même․

En cas de suspicion de diphtérie, une évaluation médicale rapide est nécessaire. Evaluation accompagnée de prélèvements pour identifier la bactérie et vérifier sa capacité à produire la toxine․

La toxine explique les complications les plus graves

Le danger ne se limite pas toujours à la gorge․ Parfois, la toxine diphtérique passe dans le sang et atteint d’autres organes․ Une myocardite peut alors survenir, perturbant le fonctionnement du cœur ou provoquant des troubles du rythme cardiaque․

Une atteinte nerveuse peut entraîner des paralysies․ Les formes graves peuvent aussi s’accompagner de complications rénales․ Chez les personnes non vaccinées et mal prises en charge, la diphtérie reste une maladie potentiellement mortelle․

L’OMS souligne que la majorité des cas graves et des décès sont dus aux effets de cette toxine․ C’est pourquoi une forte suspicion suffit à lancer rapidement la prise en charge. Et ce, sans attendre nécessairement tous les résultats définitifs du laboratoire․

Comment attrape-t-on la diphtérie ?

Corynebacterium diphtheriae se transmet principalement d’une personne à une autre via les sécrétions respiratoires ou par contact avec des lésions cutanées infectées․ Cependant, toutes les diphtéries ne proviennent pas exactement des mêmes sources․

C․ ulcerans est surtout lié aux contacts avec certains animaux. Notamment les chiens, les chats ou les bovins, ainsi qu’au lait cru dans un contexte historique․ À ce jour, aucune transmission interhumaine de cette espèce n’a été rapportée․

Quant à C․ pseudotuberculosis, elle est principalement transmise par des chèvres ou des moutons․ Cette distinction explique pourquoi une enquête épidémiologique s’intéresse aussi bien aux contacts humains qu’aux expositions animales selon la bactérie identifiée․

Antitoxine et antibiotiques doivent être administrés rapidement

Le traitement de la diphtérie toxinogène repose sur deux actions complémentaires.

L’antitoxine diphtérique neutralise la toxine qui circule encore dans l’organisme. Elle ne peut en revanche pas réparer les dégâts déjà provoqués dans les tissus. Ce qui explique l’importance de l’administrer précocement.

Les antibiotiques éliminent la bactérie, interrompent la production de nouvelle toxine et réduisent le risque de transmission. Une surveillance hospitalière peut également être nécessaire pour détecter une atteinte cardiaque, neurologique ou respiratoire.

Les personnes ayant été en contact étroit avec un malade peuvent, selon leur exposition, faire l’objet d’une recherche de portage, recevoir un antibiotique préventif et voir leur statut vaccinal vérifié.

Être vacciné protège surtout contre les formes graves

La vaccination est la raison pour laquelle les grandes épidémies autrefois observées en France ont disparu․ Elle agit contre la toxine diphtérique et diminue considérablement le risque de formes graves et de décès․ Cependant, elle ne garantit pas une protection totale contre toute colonisation par la bactérie. Ce qui rend les rappels indispensables․

En France, le schéma vaccinal débute à 2 et 4 mois, avec un rappel à 11 mois․ D’autres rappels sont recommandés à 6 ans puis entre 11 et 13 ans․ À l’âge adulte, ils sont prévus à 25 ans, 45 ans et 65 ans, puis tous les dix ans․ Avoir déjà contracté la diphtérie n’assure pas non plus une immunité durable suffisante. Une vaccination reste conseillée après la phase aiguë si le calendrier vaccinal n’est pas à jour․

Une maladie rare qui reste sous surveillance

En 2025, les 39 cas toxinogènes recensés en France ne correspondent pas uniquement à la forme respiratoire classique. Santé publique France signale aussi plusieurs formes cutanées ainsi que des infections à C․ ulcerans․

La maladie demeure particulièrement préoccupante dans les régions du monde où la couverture vaccinale est insuffisante ou perturbée par des conflits, des déplacements de populations ou des difficultés d’accès aux soins․ En France, un simple mal de gorge a donc très peu de chances d’être une diphtérie․

Cependant, face à une pharyngite inhabituelle accompagnée d’une pseudomembrane, surtout chez une personne mal vaccinée ou revenant d’une zone où la maladie circule, le diagnostic doit toujours être envisagé rapidement. Dans cette pathologie devenue rare, ce sont précisément les premières heures de prise en charge qui limitent les effets de la toxine․

À SAVOIR

En 1826, Pierre Bretonneau attribue à la maladie le nom de diphtérie, dérivé du grec diphthera, signifiant membrane ou morceau de cuir, en référence à la fausse membrane grisâtre qui peut obstruer la gorge des malades․ À une époque où la saignée et les sangsues sont encore largement utilisées, ce médecin tourangeau privilégie une approche mécanique pour lutter contre l’étouffement et réalise en 1825 la première trachéotomie réussie sur une enfant atteinte de diphtérie․

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Pier Paolo Walack
Journaliste pour Ma Santé. Formé au marketing, Pier Paolo s'est tourné vers le journalisme avec l’envie de mieux informer et de donner du sens aux sujets traités. Aujourd’hui, il s’intéresse particulièrement aux questions de santé, qu’il aborde avec un souci de clarté, de pédagogie et de fiabilité, afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre des informations parfois complexes.

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