Maladies cardiovasculaires : bientôt des bilans réguliers dès 35 ans pour prévenir l’infarctus ?

le 29 septembre 2026 à 18h49
Un professionnel de santé ausculte le cœur d’un patient à l’aide d’un stéthoscope dans le cadre d’un bilan cardiovasculaire.
Les maladies cardiovasculaires sont responsables de plus d’un décès sur cinq en France, avec 21,2 % des décès enregistrés en 2024. © Magnific
La Commission européenne vient de présenter une nouvelle stratégie de dépistage cardiovasculaire. Pour prévenir infarctus et AVC, elle recommande un bilan au moins tous les cinq ans entre 35 et 64 ans, afin de repérer des facteurs de risque parfois présents pendant des années sans faire de bruit.
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On se sent en pleine forme, aucune douleur dans la poitrine, pas le moindre essoufflement. Pourtant, quelque chose peut déjà se tramer du côté du cœur et des artères. C’est précisément ce que Bruxelles veut éviter. À la veille de la Journée mondiale du cœur, la Commission européenne a présenté une proposition de recommandation consacrée au dépistage précoce des maladies cardiovasculaires. Son idée est de ne plus attendre qu’un infarctus ou un AVC survienne pour s’intéresser sérieusement aux facteurs qui les favorisent. Bonne initiative !

En clair, dans le cadre de son plan européen « Safe Hearts », Bruxelles souhaite généraliser des bilans cardiovasculaires réguliers dans les 27 États membres. La proposition vise en particulier les adultes de 35 à 64 ans, pour lesquels un contrôle systématique au moins tous les cinq ans est recommandé, avec une surveillance plus rapprochée lorsque le profil de la personne le justifie.

Bilans cardiovasculaires dès 35 ans : comment ça va se passer ?

Dépistage des maladies cardiovasculaires : pourquoi commencer dès 35 ans ?

Le risque cardiovasculaire ne se construit pas du jour au lendemain. Une tension trop élevée, un excès de mauvais cholestérol ou une glycémie anormale peuvent évoluer discrètement pendant des années et progressivement abîmer les artères. Dans sa proposition, la Commission européenne recommande donc des contrôles adaptés à chaque période de la vie. 

Avant 35 ans, elle préconise déjà au moins un bilan cardiovasculaire. Avec une attention particulière aux personnes présentant des antécédents familiaux ou d’autres facteurs de risque. Entre 35 et 64 ans, elle passe à la vitesse supérieure avec un contrôle systématique au minimum tous les cinq ans. Après 65 ans, le rythme recommandé devient d’un bilan tous les trois à cinq ans.

Tension, cholestérol, glycémie… qu’est-ce qui serait contrôlé ?

Pour les 35-64 ans, le document européen prévoit notamment de s’intéresser aux antécédents personnels et familiaux. Mais aussi à l’alimentation, à l’activité physique, au tabac, au vapotage et à la consommation d’alcool. Le professionnel pourrait également mesurer le poids, l’indice de masse corporelle (IMC) et le tour de taille.

Sur le plan biologique, plusieurs indicateurs sont proposés. La pression artérielle, mais aussi le bilan lipidique, avec notamment le cholestérol LDL, souvent surnommé « mauvais cholestérol », le HDL et les triglycérides. Bruxelles propose également de mesurer la glycémie à jeun et l’hémoglobine glyquée, ou HbA1c. Cette dernière donne une idée du niveau moyen de sucre dans le sang au cours des derniers mois et permet notamment de repérer un diabète. La fonction rénale ferait également partie de l’évaluation.

Un électrocardiogramme, le fameux ECG qui enregistre l’activité électrique du cœur, pourrait être réalisé lorsque la situation le nécessite. Le principe n’est donc pas de rechercher une seule maladie, mais plutôt de dresser une photographie du risque cardiovasculaire global de chacun.

Maladies cardiovasculaires : l’urgence de mieux repérer les facteurs de risque

Des facteurs de risque qui savent se faire oublier

Environ 17 millions d’adultes sont hypertendus dans l’Hexagone. Soit près d’un adulte sur trois. Et surtout, environ la moitié des personnes concernées ignorent qu’elles ont une tension trop élevée. Et pour cause, l’hypertension ne provoque généralement aucun symptôme au début. On peut donc vivre pendant des années avec une pression trop importante dans ses artères sans ressentir quoi que ce soit. Pendant ce temps, le cœur, les vaisseaux, les reins ou encore le cerveau peuvent être progressivement fragilisés.

Même logique pour le diabète. En 2023, plus de 3,8 millions de personnes étaient traitées pharmacologiquement pour un diabète en France. Soit 5,6 % de la population. En 2024, 7,1 % des adultes de 18 à 79 ans déclaraient être diabétiques. Repérer ces anomalies avant qu’elles ne provoquent des complications permet donc d’agir plus tôt. Que ce soit par une modification des habitudes de vie, une surveillance renforcée ou, lorsque cela est nécessaire, un traitement.

Les maladies cardiovasculaires restent un poids lourd de la mortalité

Les maladies cardiovasculaires constituent la première cause de décès dans l’Union européenne et provoquent environ 1,7 million de morts chaque année. Elles touchent quelque 62 millions de personnes et leur coût économique est estimé à plus de 282 milliards d’euros par an. En France, la situation est un peu différente puisque les cancers occupent la première place. Les maladies cardio-neurovasculaires restent toutefois la deuxième cause de mortalité.

Elles ont représenté 21,2 % des décès enregistrés en France en 2024. Cette catégorie comprend notamment les infarctus du myocarde, les accidents vasculaires cérébraux et l’insuffisance cardiaque. Derrière ces accidents se cachent justement plusieurs des anomalies que Bruxelles veut mieux repérer. Qu’il s’agisse d’hypertension, de diabète, d’excès de cholestérol, d’obésité ou encore de tabagisme.

En France, il existe déjà des bilans de prévention

La recommandation européenne ne part pas tout à fait d’une page blanche. Depuis 2024, la France déploie « Mon bilan prévention ». Un rendez-vous entièrement pris en charge par l’Assurance Maladie et proposé à quatre périodes de la vie :

  • entre 18 et 25 ans, 
  • 45 et 50 ans, 
  • 60 et 65 ans
  • puis 70 et 75 ans. 

Ce rendez-vous peut être réalisé auprès d’un médecin, d’un pharmacien, d’un infirmier ou d’une sage-femme. Il permet de faire le point sur les habitudes de vie, les vaccinations, les dépistages et différents facteurs de risque de maladies chroniques, notamment cardiovasculaires et métaboliques.

Mais la proposition européenne va dans une direction différente et potentiellement plus systématique. Pour les 35-64 ans, Bruxelles préconise un véritable bilan cardiovasculaire au moins tous les cinq ans. Avec des mesures biologiques précises et une fréquence adaptée au niveau de risque de chacun. Il ne s’agit toutefois, à ce stade, ni d’une nouvelle obligation pour les patients français, ni d’un examen automatiquement mis en place dès 35 ans. Le texte présenté par la Commission est une proposition de recommandation du Conseil de l’Union européenne. Les modalités concrètes devront donc être adaptées par les États membres à l’organisation de leur propre système de santé.

Un bilan anormal, et après ?

Repérer une tension trop élevée ou un excès de cholestérol n’est que la première étape. Dans sa proposition, la Commission européenne prévoit qu’un résultat anormal soit suivi d’une évaluation plus poussée et, si nécessaire, d’une prise en charge adaptée au niveau de risque de la personne. Concrètement, le médecin peut croiser plusieurs informations (âge, pression artérielle, cholestérol, tabagisme ou encore diabète) pour estimer le risque de développer une maladie cardiovasculaire dans les années à venir. En Europe, cette évaluation peut notamment s’appuyer sur les outils SCORE2 et SCORE2-OP recommandés par la Société européenne de cardiologie.

La suite dépend alors du profil du patient. Une modification de l’alimentation, davantage d’activité physique, l’arrêt du tabac ou une perte de poids peuvent être proposés. Lorsque le risque est suffisamment important, des médicaments contre l’hypertension, le cholestérol ou le diabète peuvent également être nécessaires. L’intérêt du dépistage est justement là : identifier suffisamment tôt les personnes qui ont besoin d’être suivies ou traitées, alors qu’elles ne ressentent parfois encore aucun symptôme.

À SAVOIR 

On peut avoir une maladie cardiovasculaire sans le savoir jusqu’à l’accident. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les maladies des vaisseaux sanguins ne provoquent souvent aucun symptôme et un infarctus ou un AVC peut en être le premier signe.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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