L’été est bien installé, et avec lui reviennent les soirées en extérieur… accompagnées les moustiques. Chaque année, ces insectes gâchent les repas en terrasse, les pique-niques et les nuits fenêtres ouvertes. Si certaines personnes semblent systématiquement couvertes de piqûres tandis que d’autres sont presque épargnées, ce n’est pas qu’une impression. Groupe sanguin, chaleur corporelle, grossesse, odeurs naturelles de la peau ou encore dioxyde de carbone expiré… De nombreux facteurs sont déjà connus.
Mais une nouvelle étude, réalisée par une équipe de chercheurs de l’Université Wageningen, aux Pays-Bas, ajoute désormais un élément inattendu à cette liste : la bière. Présentés sous la forme d’une prépublication sur la plateforme scientifique bioRxiv, les résultats suggèrent que la consommation de bière pourrait modifier suffisamment les signaux émis par notre corps pour rendre certaines personnes plus attractives aux yeux des moustiques. Pour établir ce constat, les chercheurs ont profité d’un contexte inhabituel : le festival de musique Lowlands, organisé chaque été aux Pays-Bas. Au total, 465 volontaires ont accepté de participer à l’expérience. Les scientifiques ont recueilli plusieurs informations sur leurs habitudes de consommation au cours des douze heures précédant les tests, notamment la quantité de bière, de vin ou d’autres boissons alcoolisées consommées.
Chaque participant a ensuite été exposé, dans un dispositif expérimental standardisé, à des femelles de l’espèce Anopheles stephensi. Ce moustique est bien connu des chercheurs car il constitue un vecteur potentiel du paludisme dans certaines régions du monde. L’objectif n’était évidemment pas de mesurer le nombre de piqûres, mais d’observer l’attractivité exercée par chaque volontaire sur les moustiques dans des conditions contrôlées.
Piqûres de moustique : environ 35 % de risque supplémentaire après avoir bu de la bière
Après avoir analysé les données recueillies, les chercheurs estiment que les personnes ayant bu de la bière dans les douze heures précédant l’expérience avaient environ 35 % de risques supplémentaires d’attirer les moustiques par rapport à celles qui n’en avaient pas consommé.
Plus surprenant encore, le vin ne semblait pas produire le même effet. Après les ajustements statistiques réalisés par les chercheurs, aucune augmentation significative de l’attractivité n’a été observée chez les amateurs de rouge, de blanc ou de rosé. De quoi laisser penser que les moustiques auraient un faible particulier pour les levures. À ce stade, ils ne savent pas encore précisément pourquoi cette boisson semble exercer un tel effet.
Pourquoi une bière pourrait-elle attirer davantage les moustiques ?
Les moustiques ne piquent pas au petit bonheur la chance. Ils utilisent plusieurs indices biologiques pour localiser un hôte. Le premier est le dioxyde de carbone (CO₂) que nous expirons à chaque respiration. Selon l’Institut Pasteur, ils peuvent le détecter à plusieurs dizaines de mètres. Une fois arrivés à proximité, ils affinent leur cible grâce à la chaleur de notre corps, à l’humidité de la peau, à certaines molécules présentes dans la transpiration et même aux composés odorants produits par les milliards de bactéries qui vivent naturellement sur notre peau, ce que les scientifiques appellent le microbiote cutané.
Alors, où intervient la bière dans tout ça ? Les chercheurs avancent plusieurs pistes. L’alcool provoque notamment une vasodilatation, c’est-à-dire une dilatation des vaisseaux sanguins, qui augmente le flux de sang sous la peau et peut la rendre légèrement plus chaude. Or, les moustiques sont particulièrement sensibles à ce type de signal. Autre hypothèse : après une bière, notre corps pourrait modifier, même très légèrement, les substances qu’il libère dans la transpiration ou l’air expiré. Résultat, notre « parfum » deviendrait un peu plus séduisant… du moins pour un moustique.
Moustiques : de nombreux facteurs influencent déjà les piqûres
Depuis plusieurs années, les chercheurs savent que l’attractivité d’une personne dépend d’une combinaison complexe de facteurs biologiques, dont certains échappent totalement à notre contrôle. Les moustiques sont notamment plus attirés par les personnes
- qui expirent davantage de dioxyde de carbone,
- dégagent plus de chaleur,
- transpirent davantage,
- possèdent un microbiote cutané particulièrement riche en certaines bactéries produisant des molécules odorantes,
- la grossesse fait également partie des situations connues pour augmenter le risque de piqûres, car elle s’accompagne d’une hausse de la température corporelle et de la quantité de CO₂ expirée.
En revanche, le rôle du groupe sanguin, souvent présenté comme le principal responsable, reste beaucoup plus nuancé. Certaines études suggèrent une légère préférence des moustiques pour le groupe O, mais cet effet demeure modeste comparé à celui des odeurs corporelles ou de la chaleur dégagée par le corps. En réalité, chaque personne possède une véritable signature chimique, façonnée par son métabolisme, son microbiote cutané et les substances naturellement émises par sa peau.
Des travaux encore en cours de validation scientifique
Avant de jeter toutes les bières de votre glacière, une précision s’impose. Si cette étude a été menée auprès d’un nombre conséquent de participants, ses résultats restent préliminaires. Les travaux ont été déposés sur bioRxiv, une plateforme qui permet aux chercheurs de partager leurs résultats avant qu’ils ne soient examinés par d’autres scientifiques. Cette étape, appelée relecture par les pairs, est essentielle pour vérifier la solidité des méthodes et des conclusions avant une publication dans une revue scientifique.
En clair, cette étude apporte une piste sérieuse, mais pas encore une certitude. D’autres équipes devront reproduire les résultats pour confirmer que les amateurs de bière sont réellement plus irrésistibles aux yeux des moustiques. Enfin, les chercheurs ont mis en évidence une association, pas une preuve de cause à effet. Impossible donc d’affirmer, à ce stade, que boire une bière suffit à transformer n’importe qui en buffet à volonté pour moustiques… même si l’idée est plutôt amusante.
Faut-il renoncer à sa bière en terrasse ?
À ce stade, rien ne justifie de bannir la bière pour éviter quelques piqûres de moustiques. Pour limiter les piqûres, les recommandations du ministère de la Santé et de Santé publique France restent les meilleures alliées :
- porter des vêtements couvrants, surtout en fin de journée ;
- appliquer un répulsif adapté sur la peau ou les vêtements lorsque c’est nécessaire ;
- installer des moustiquaires aux fenêtres ou autour des lits dans les zones exposées ;
- éliminer les eaux stagnantes (coupelles, seaux, gouttières, récupérateurs d’eau…), véritables nurseries où les moustiques pondent leurs œufs.
Si les résultats de cette étude néerlandaise se confirment, ils permettront surtout de mieux comprendre pourquoi certains semblent irrésistibles aux moustiques quand d’autres passent presque inaperçus. Un enjeu qui dépasse la simple démangeaison, alors que le moustique tigre (Aedes albopictus) poursuit sa progression en France et peut transmettre des maladies comme la dengue, le chikungunya ou le Zika. En attendant, inutile de culpabiliser si vous ouvrez une bière cet été. En revanche, pensez peut-être à garder un répulsif à portée de main au cas où les moustiques auraient, eux aussi, décidé de trinquer avec vous.
À SAVOIR
Avez-vous déjà remarqué que les moustiques semblent disparaître pendant les épisodes de canicule ? Ce n’est pas une illusion. Lorsque les températures dépassent environ 35 °C, ils se réfugient dans des endroits frais et humides pour éviter de se déshydrater. Ils redeviennent généralement actifs dès que la chaleur retombe, notamment en soirée.




