Les médicaments qui font perdre du poids continuent de faire parler d’eux, et pas seulement pour leurs résultats sur la balance. Popularisés ces dernières années, notamment sur les réseaux sociaux, Ozempic, Wegovy ou encore Mounjaro sont parfois utilisés par des personnes qui souhaitent maigrir rapidement. Sans nécessairement présenter de diabète ou d’obésité nécessitant un traitement !
Or, ces injections ne sont pas de simples coupe-faim. Elles agissent sur plusieurs mécanismes de l’organisme, notamment l’appétit, la digestion et la régulation du sucre dans le sang. Leur utilisation nécessite donc une prescription adaptée et un suivi médical. Dans son troisième rapport de pharmacovigilance, l’ANSM dresse un bilan des effets indésirables signalés en France entre février 2025 et janvier 2026.
Sur plus de 840 000 patients estimés sous traitement, 2 801 signalements d’effets indésirables ont été enregistrés, dont 515 cas graves. Parmi eux, plusieurs complications sont survenues dans un contexte d’utilisation détournée. Et ce, sans respecter les indications ou les doses recommandées.
Ozempic, Wegovy, Mounjaro… Quels médicaments sont concernés ?
Tous ces traitements appartiennent à la famille des analogues du GLP-1, ou à une famille apparentée pour le tirzépatide, commercialisé sous le nom de Mounjaro. Rappelons que le GLP-1 est une hormone naturellement produite par l’intestin après un repas. Elle participe à la régulation du taux de sucre dans le sang, ralentit la vidange de l’estomac et favorise la sensation de satiété. Autrement dit, elle contribue à faire comprendre au cerveau que l’on a suffisamment mangé. Les médicaments qui reproduisent son action permettent ainsi de mieux contrôler la glycémie chez les personnes diabétiques. Et, pour certains, de favoriser une perte de poids importante. Mais tous ne sont pas autorisés pour les mêmes usages.
- Ozempic, Trulicity et Victoza sont notamment destinés au traitement du diabète de type 2.
- Wegovy et Saxenda sont autorisés dans la prise en charge du surpoids et de l’obésité, sous certaines conditions.
- Mounjaro peut être prescrit dans le diabète de type 2, mais également pour contrôler le poids chez certains patients.
Pour les traitements de l’obésité, les indications concernent notamment les adultes présentant un indice de masse corporelle (IMC) d’au moins 30. Ou d’au moins 27 lorsqu’ils souffrent également d’un problème de santé associé au poids, comme une hypertension artérielle ou une maladie cardiovasculaire.
17 cas graves liés à une utilisation inappropriée pour perdre du poids
Entre le 1er février 2025 et le 31 janvier 2026, les autorités sanitaires françaises ont recensé 36 signalements d’effets indésirables associés à un usage inapproprié de ces médicaments pour maigrir. Parmi eux, 17 ont été classés comme graves. Cinq concernaient une pancréatite aiguë, une inflammation brutale du pancréas pouvant nécessiter une hospitalisation. Les personnes concernées étaient plutôt jeunes. Autre constat particulièrement préoccupant, dans deux cas sur trois, les médicaments avaient été obtenus en dehors des circuits pharmaceutiques officiels.
Certains provenaient d’Internet, d’autres de l’entourage ou avaient été achetés à l’étranger. Mais le problème ne s’arrête pas à leur provenance. Dans plus de neuf cas sur dix, les doses utilisées étaient trop importantes ou avaient été augmentées trop rapidement. Et, sans respecter les recommandations médicales. Or, ces traitements nécessitent généralement une augmentation progressive des doses pour permettre à l’organisme de s’y adapter et limiter certains effets indésirables.
Ces 17 cas graves ne représentent pas l’ensemble des complications signalées sous analogues du GLP-1. Ils concernent spécifiquement les utilisations inappropriées pour perdre du poids identifiées dans l’enquête. Ils ne permettent pas non plus, à eux seuls, de mesurer la fréquence réelle des accidents chez toutes les personnes qui détournent ces médicaments.
Médicaments pour maigrir : quels effets secondaires graves ont été observés ?
Des nausées aux pancréatites, des effets secondaires parfois sévères
Les effets indésirables les plus souvent déclarés restent les troubles digestifs. Nausées, vomissements, diarrhées ou douleurs abdominales font partie des réactions connues de ces médicaments. Elles apparaissent notamment au début du traitement ou lors d’une augmentation des doses. Si ces symptômes sont souvent passagers, ils peuvent aussi devenir suffisamment importants pour provoquer une déshydratation ou nécessiter une hospitalisation.
L’ANSM insiste particulièrement sur les pancréatites aiguës. Le pancréas est un organe situé derrière l’estomac. Organe indispensable à la digestion et à la régulation du sucre dans le sang. Lorsqu’il s’enflamme brutalement, les conséquences peuvent être sévères. Une pancréatite se manifeste généralement par une douleur intense et persistante dans le haut du ventre. Maux pouvant s’étendre vers le dos, parfois accompagnée de vomissements.
Dans son dernier bilan, l’ANSM rapporte de nouveaux cas de pancréatite sous ces traitements, dont deux pourraient avoir contribué à des décès. Le lien de causalité reste toutefois à confirmer. En présence de douleurs abdominales intenses et persistantes, une prise en charge médicale urgente est nécessaire.
Malnutrition et carences, un autre risque à ne pas négliger
Manger moins peut aider à perdre du poids. Mais lorsque les apports alimentaires deviennent insuffisants, les conséquences ne se limitent plus à quelques kilos en moins. L’ANSM relève de nouveaux signalements de carences nutritionnelles et de malnutrition chez des patients traités par analogues du GLP-1. Le mécanisme est assez simple. En diminuant fortement l’appétit et en ralentissant la digestion, ces médicaments peuvent conduire certaines personnes à réduire excessivement leurs repas. Notamment lorsque des nausées ou des vomissements s’ajoutent à la perte d’appétit.
L’organisme risque alors de ne plus recevoir suffisamment de protéines, de vitamines ou de minéraux pour fonctionner correctement. À terme, des apports insuffisants peuvent notamment favoriser une perte de masse musculaire, une fatigue importante ou certaines carences. Le risque mérite une attention particulière chez les personnes qui mangent déjà peu, qui perdent rapidement du poids ou qui présentent des fragilités nutritionnelles.
Des recommandations ont d’ailleurs été élaborées par les centres spécialisés dans l’obésité pour mieux accompagner les patients concernés. L’objectif est de permettre une perte de poids médicalement encadrée, sans compromettre leur état nutritionnel.
Médicaments pour maigrir : des interactions dangereuses avec d’autres traitements
Ozempic, Wegovy… des risques d’interactions avec les anticoagulants
A surveiller également, les interactions avec certains médicaments pris en parallèle, notamment les traitements dits à marge thérapeutique étroite. Derrière cette expression un peu technique se cachent des médicaments dont la dose doit être ajustée avec une grande précision. Une variation relativement faible de leur concentration dans l’organisme peut parfois suffire à diminuer leur efficacité ou à augmenter leurs effets indésirables.
Certains anticoagulants, prescrits pour prévenir la formation de caillots sanguins, font notamment partie des traitements nécessitant une vigilance particulière. Les autorités sanitaires demandent donc aux professionnels de santé de renforcer la surveillance des patients concernés. Quitte à adapter leur prise en charge lorsque cela s’avère nécessaire.
Deux décès potentiellement liés à une interaction avec la metformine
Par ailleurs, chez certains patients diabétiques prenant de la metformine, un médicament très utilisé contre le diabète de type 2, les analogues du GLP-1 pourraient contribuer à augmenter le risque d’acidose lactique, notamment en cas de déshydratation provoquée par des vomissements. L’acidose lactique correspond à une accumulation excessive d’acide lactique dans le sang. Rare, cette complication peut devenir extrêmement grave et engager le pronostic vital.
Deux décès déclarés pendant la période étudiée pourraient être liés à ce mécanisme. Il s’agit toutefois d’une suspicion issue de la pharmacovigilance, et non d’une preuve que l’association de ces deux traitements a directement provoqué les décès. Ces observations ne signifient pas que les patients doivent arrêter leur metformine ou leur traitement injectable. Elles soulignent surtout l’importance d’un suivi médical, particulièrement lorsque des vomissements importants, une déshydratation ou d’autres problèmes de santé surviennent.
AVC, troubles de la vue, atteintes du foie… D’autres complications sous surveillance
Parmi les signalements étudiés figurent des atteintes des yeux, notamment des aggravations de rétinopathie diabétique, une maladie qui endommage les petits vaisseaux sanguins de la rétine, ainsi que des atteintes du nerf optique. Des problèmes touchant le foie et la vésicule biliaire ont également été rapportés, tout comme des troubles de l’érection. Plus préoccupant encore, certains signalements concernent des accidents vasculaires cérébraux (AVC) et des accidents ischémiques transitoires (AIT), provoqués par une interruption temporaire de la circulation sanguine dans une partie du cerveau.
Attention toutefois à ne pas confondre signalement et effet secondaire confirmé. Ces événements ont été observés chez des personnes prenant ces médicaments, mais cela ne signifie pas nécessairement qu’ils ont été provoqués par le traitement. Les patients peuvent présenter d’autres maladies ou facteurs de risque susceptibles d’expliquer ces complications. Ces situations font actuellement l’objet d’évaluations complémentaires au niveau français et européen afin de déterminer si un lien de causalité existe réellement.
Médicaments pour maigrir : des doutes sur l’efficacité de la pilule contraceptive
Plusieurs grossesses non désirées ont été signalées en Europe chez des femmes utilisant un contraceptif tout en prenant un médicament contre le diabète ou l’obésité. Un cas a notamment été rapporté en France. Ces signalements sont désormais examinés par l’Agence européenne des médicaments, qui cherche à déterminer si certains traitements pourraient diminuer l’efficacité de la contraception.
Le doute concerne notamment la pilule contraceptive. Certains de ces médicaments ralentissent le passage des aliments de l’estomac vers l’intestin, ce qui peut modifier l’absorption des médicaments pris par voie orale. Mais cela ne signifie pas que tous ces traitements rendent la pilule moins efficace. Les risques et les précautions varient selon le médicament utilisé. Ces traitements ne doivent pas être utilisés pendant la grossesse. En cas de grossesse découverte sous traitement, il est recommandé de l’arrêter et de consulter rapidement un médecin pour adapter la prise en charge.
À SAVOIR
L’Ozempic pourrait également modifier le goût de certains aliments. Des patients traités par sémaglutide rapportent une diminution de leur attirance pour les aliments gras ou très sucrés. Des recherches suggèrent que cette molécule agit aussi sur les circuits cérébraux de la récompense, qui participent au plaisir de manger.



