À chaque pas, les talons supportent une part importante du poids du corps. Pour résister aux pressions et aux frottements, leur peau s’épaissit naturellement. Mais lorsqu’elle devient trop sèche et perd sa souplesse, la couche cornée s’étire moins bien et finit par se fissurer.
La chaleur, le port de sandales et la marche pieds nus accentuent ce dessèchement. D’abord superficielles et surtout inesthétiques, les fissures peuvent progressivement se creuser, devenir douloureuses, voire saigner.
Le talon s’épaissit avant de se fissurer
La plante des pieds ne possède pas de glandes sébacées produisant le sébum qui protège habituellement l’épiderme. Son hydratation dépend donc de la transpiration et de la capacité de la couche cornée à retenir l’eau.
Une sécheresse cutanée anormale porte le nom de xérose cutanée. Le talon devient rugueux, blanchâtre et parfois squameux. Les frottements répétés peuvent aussi entraîner une accumulation de kératine appelée hyperkératose, à l’origine de callosités.
Lorsque le pied prend appui au sol, le coussinet graisseux du talon s’étale légèrement. Une peau souple accompagne ce mouvement, tandis qu’une zone sèche et épaissie résiste davantage à l’étirement. Des crevasses verticales apparaissent alors sur son pourtour.
Des facteurs qui augmentent la pression
Les chaussures ouvertes à l’arrière maintiennent moins bien le talon et favorisent son étalement à chaque pas. La marche pieds nus expose également l’épiderme à la chaleur, aux surfaces rugueuses et aux agressions extérieures.
Rester longtemps debout, le surpoids, certaines anomalies des appuis et le vieillissement augmentent aussi le risque. Des fissures persistantes peuvent par ailleurs être associées à un eczéma, un psoriasis, une mycose, une hypothyroïdie ou un trouble circulatoire. Leur présence ne suffit toutefois pas à diagnostiquer une maladie ou une carence.
Hydrater sans agresser la peau
Les pieds doivent être lavés à l’eau tiède avec un produit doux, puis soigneusement séchés. Les bains très chauds ou prolongés sont à éviter, car ils accentuent la sécheresse.
Une crème émolliente épaisse peut être appliquée une à deux fois par jour. L’urée et la glycérine hydratent et assouplissent les callosités, tandis que la vaseline limite l’évaporation de l’eau. Le soir, des chaussettes en coton peuvent prolonger cet effet.
Lorsque la peau est seulement épaissie, une pierre ponce ou une lime peut être utilisée avec douceur. Il ne faut jamais découper la corne avec une lame ni râper jusqu’à provoquer une douleur.
Une crevasse ouverte doit être nettoyée, séchée et protégée par un pansement adapté. Les produits contenant de l’urée ou de l’acide salicylique peuvent irriter une plaie et ne doivent pas y être appliqués sans conseil professionnel.
Une vigilance particulière en cas de diabète
Le diabète peut diminuer la sensibilité des pieds et ralentir la cicatrisation. Une crevasse risque alors de s’approfondir ou de s’infecter sans provoquer de douleur importante.
Les personnes diabétiques doivent examiner leurs pieds chaque jour et éviter les râpes, la pierre ponce ainsi que les produits corrosifs sans avis médical. Toute fissure justifie un conseil auprès d’un médecin ou d’un pédicure-podologue.
Quand faut-il consulter ?
Une consultation est recommandée lorsqu’une fissure saigne, suinte, se creuse ou gêne la marche. Une rougeur qui s’étend, une chaleur locale, un gonflement, du pus ou de la fièvre peuvent signaler une infection.
Un avis médical est également nécessaire si les soins hydratants restent inefficaces ou si les crevasses récidivent. Le médecin pourra rechercher une cause cutanée ou générale, tandis qu’un pédicure-podologue pourra retirer les callosités sans blesser la peau et corriger les pressions responsables.
À SAVOIR
Au XIXᵉ siècle, l’essor des savons à base de soude et les pratiques d’hygiène de l’époque victorienne exposent une partie des personnes à des sécheresses cutanées parfois douloureuses. Le dermatologue Erasmus Wilson contribue alors à faire reconnaître cette affection sous le nom de « xérose », tiré du grec xeros, qui signifie « sec ». Pour l’apaiser, les médecins utilisent notamment le cérat, une préparation ancienne composée de cire et d’huile.





