Le « clic » entendu en bâillant ou en mordant dans un aliment ne signifie généralement pas que deux os s’entrechoquent. Il provient le plus souvent d’un petit disque situé à l’intérieur de l’articulation de la mâchoire. Lorsque celui-ci est légèrement déplacé, il peut retrouver brusquement sa position pendant l’ouverture de la bouche et produire ce claquement.
Un craquement de la mâchoire sans douleur ni limitation des mouvements est fréquent et ne nécessite pas forcément de traitement. En revanche, une douleur, un blocage ou une difficulté à ouvrir la bouche doivent inciter à consulter.
Une articulation qui combine rotation et glissement
L’articulation temporo-mandibulaire, ou ATM, relie la mandibule à l’os temporal du crâne. Située juste devant chaque oreille, elle peut être ressentie en posant les doigts sur cette zone tout en ouvrant et en fermant la bouche.
Son fonctionnement ne se limite pas à celui d’une charnière. La partie arrondie de la mandibule, appelée condyle, effectue d’abord une rotation, puis glisse vers l’avant lorsque la bouche s’ouvre davantage.
Entre le condyle et l’os temporal se trouve un disque souple. Celui-ci répartit les pressions et accompagne les mouvements de la mâchoire pendant la mastication, la parole et le bâillement.
Pourquoi la mâchoire produit-elle un clic ?
Chez certaines personnes, le disque se place légèrement en avant du condyle lorsque la bouche est fermée. Pendant l’ouverture, la mandibule avance jusqu’à ce qu’il retrouve brusquement sa position. Ce mouvement produit un clic, parfois suivi d’un second claquement à la fermeture.
Ce mécanisme est appelé déplacement discal avec réduction. Le terme « réduction » signifie ici que le disque revient temporairement dans une position permettant à l’articulation de poursuivre son mouvement.
Le bruit peut survenir d’un seul côté, varier en intensité ou disparaître pendant certaines périodes. Il ne signifie pas nécessairement que l’articulation est usée. Une crépitation, davantage comparable à un frottement ou à du sable, se distingue d’un clic net, mais ne suffit pas non plus à diagnostiquer une arthrose.
Quand le craquement devient-il préoccupant ?
Les troubles temporo-mandibulaires, ou TTM, regroupent différentes atteintes de l’articulation, du disque ou des muscles de la mastication. Un claquement indolore ne traduit pas forcément un trouble nécessitant des soins.
Une ouverture ample, symétrique et sans douleur est plutôt rassurante. À l’inverse, une douleur devant l’oreille, une raideur, une déviation marquée de la mâchoire, une gêne pendant la mastication ou des blocages répétés peuvent révéler un dysfonctionnement.
Stress et bruxisme sollicitent les muscles
Le stress n’endommage pas directement l’articulation, mais il peut favoriser le serrement des dents et la contraction prolongée des muscles du visage. Des douleurs peuvent alors apparaître dans les joues, les tempes, le cou ou la tête.
Le bruxisme, qui consiste à serrer ou à grincer des dents, peut fatiguer les muscles, user les dents et augmenter les contraintes exercées sur l’ATM. Il n’explique cependant pas tous les craquements.
En raison de la proximité entre l’articulation et l’oreille, une douleur de l’ATM peut être ressentie comme une douleur auriculaire. Des acouphènes, des vertiges ou une sensation d’oreille bouchée ne doivent pas pour autant être systématiquement attribués à la mâchoire.
Comment soulager une mâchoire douloureuse ?
Il peut être utile de privilégier temporairement des aliments tendres, de les couper en petits morceaux et d’éviter le chewing-gum, les produits très durs ainsi que les ouvrir la bouche excessivement.
Une compresse chaude et un massage léger des joues ou des tempes peuvent détendre les muscles. Il ne faut toutefois ni tenter de remettre soi-même l’articulation en place ni provoquer volontairement le claquement.
Selon la cause, une kinésithérapie maxillo-faciale ou une gouttière dentaire peut être proposée. Les traitements irréversibles et la chirurgie ne constituent pas une première réponse à un simple craquement indolore.
Un blocage complet nécessite une prise en charge rapide
Un médecin ou un chirurgien-dentiste doit être consulté si le craquement devient douloureux, si l’ouverture de la bouche diminue ou si les blocages se répètent. Des examens d’imagerie peuvent alors être prescrits.
Une mâchoire bloquée en position ouverte après un bâillement, un soin dentaire ou une ouverture importante peut correspondre à une luxation. Il ne faut pas essayer de la remettre en place soi-même : une prise en charge urgente est nécessaire. Plus que le bruit, ce sont donc la douleur et la perte de mobilité qui doivent alerter.
À SAVOIR
En 1934, l’ORL américain James B. Costen établit un lien entre certains vertiges, migraine, acouphènes ou douleurs auriculaires et un déséquilibre de la mâchoire, qu’il attribue notamment à l’absence de certaines dents. Sa théorie, connue sous le nom de « syndrome de Costen », conduit alors de nombreux dentistes à proposer des reconstructions dentaires et à modifier la hauteur de l’occlusion. Après près de vingt ans d’engouement, l’efficacité de ces interventions sur les troubles auditifs est largement remise en cause. Certaines ont même aggravé les douleurs et les dysfonctionnements de l’articulation temporo-mandibulaire.





