Une femme qui ne supporte plus la mauvaise haline du matin de son copain.
La mauvaise haleine du matin n’épargne personne... Mais certains sont plus durement touchés ! © Freepik

Vous avez beau vous brosser les dents tous les soirs, rien n’y fait. Au réveil, l’haleine n’est jamais très fraîche. Ce petit désagrément, aussi banal que gênant, s’explique très simplement par ce qui se passe dans notre bouche pendant la nuit. 

Presque tout le monde se réveille un jour ou l’autre avec la bouche pâteuse et une haleine chargée. Ce n’est pas un signe d’hygiène défaillante, ni de problème digestif. L’Assurance Maladie rappelle que dans la grande majorité des cas, la mauvaise haleine vient de la bouche elle-même : dents, langue, gencives, salive. 

Notre corps fait simplement une pause la nuit. Et c’est cette pause qui crée les conditions idéales pour une haleine un peu lourde au réveil.

La salive, une alliée en veille

La salive protège les dents, hydrate les muqueuses, et surtout, elle nettoie. Elle contient des enzymes qui détruisent naturellement certaines bactéries. Mais pendant le sommeil, son débit chute considérablement. Jusqu’à 90 % de moins qu’en journée.

Alors, la bouche s’assèche, le pH devient plus acide, et la flore microbienne se transforme. Les bactéries responsables de l’halitose, le nom scientifique de la mauvaise haleine, se développent dans un environnement idéal : chaud, humide et peu oxygéné.

Les bactéries et leurs « gaz du matin »

La mauvaise haleine est essentiellement liée à la présence de bactéries anaérobies (qui vivent sans oxygène). Ces micro-organismes dégradent des résidus protéiques issus des cellules buccales, de la salive, parfois des restes alimentaires. 

En les métabolisant, ils produisent des composés sulfurés volatils (CSV) : sulfure d’hydrogène, méthyl-mercaptan, diméthyl-sulfure… Ce sont ces molécules qui dégagent une odeur caractéristique d’œuf pourri.

Des analyses réalisées par l’Université de Genève ont montré que la concentration de ces composés augmente jusqu’à trois fois pendant la nuit par rapport au jour. Et la zone la plus impliquée ? L’arrière de la langue, une surface irrégulière, couverte de papilles, où la salive circule peu.

La bouche sèche, le nez bouché et le rôle du sommeil

D’autres facteurs aggravent la situation. Dormir la bouche ouverte, ce qui arrive en cas de rhume, d’allergie, ou de ronflement, accentue la sécheresse buccale. De même, boire de l’alcool ou fumer avant le coucher réduit encore la salivation et modifie la flore buccale.

Le phénomène est donc simple : moins de salive + plus de bactéries = plus d’odeurs. Et au réveil, le premier réflexe (respirer par la bouche) accentue cette perception.

Des dents et des gencives en souffrance

L’halitose matinale est avant tout physiologique, mais certaines conditions viennent l’amplifier ou la rendre persistante. Selon la Fédération Française d’Orthodontie, près de 8 cas sur 10 d’halitose chronique ont une cause bucco-dentaire. Il peut s’agir :

Ces affections créent de véritables niches où les bactéries s’installent durablement. Et plus elles prolifèrent, plus elles produisent de composés sulfurés.

La langue, grande oubliée du brossage

Beaucoup ignorent que la majorité des bactéries responsables de la mauvaise haleine se trouvent sur la langue. D’après une étude publiée dans The Journal of Breath Research (2019), un simple nettoyage de la langue peut réduire de 30 à 40 % la concentration de composés malodorants.

L’Assurance Maladie recommande donc un brossage doux du dos de la langue une fois par jour, avec une brosse ou un gratte-langue, pour limiter cette flore bactérienne.

La sécheresse buccale chronique

Certains médicaments (antidépresseurs, antihistaminiques, diurétiques, traitements de l’hypertension) diminuent la production de salive. Le vieillissement, le stress, le diabète ou encore certaines maladies auto-immunes (comme le syndrome de Gougerot-Sjögren) peuvent également provoquer une bouche sèche persistante.

Les autres causes plus rares

Quelques cas seulement relèvent d’une origine non buccale :

  • une infection ORL (sinusite, amygdalite chronique) ;
  • un reflux gastro-œsophagien ;
  • une infection à Helicobacter pylori ;
  • ou encore des troubles métaboliques (diabète mal équilibré, insuffisance hépatique ou rénale).

Mais ces situations ne représentent que 5 à 10 % de l’ensemble des halitoses.

L’haleine du matin, si elle disparaît après le brossage ou le petit-déjeuner, n’est pas préoccupante. C’est un phénomène physiologique normal. En revanche, une haleine qui persiste tout au long de la journée malgré une bonne hygiène buccale doit alerter.

Les signes à surveiller :

  • haleine persistante, même après brossage ;
  • goût désagréable permanent dans la bouche ;
  • saignements gingivaux ou douleurs dentaires ;
  • bouche très sèche, sensation de brûlure ;
  • reflux ou troubles digestifs associés.

Dans ce cas, une consultation chez le dentiste est la première étape. Si tout est sain côté bouche, le professionnel peut orienter vers un médecin ORL ou gastro-entérologue.

Une hygiène bucco-dentaire régulière et complète

C’est le fondement de toute prévention. Un brossage des dents deux fois par jour (matin et soir, deux minutes minimum) est indispensable. Il faut également nettoyer la langue et utiliser du fil dentaire ou des brossettes interdentaires chaque soir.

Les bains de bouche peuvent aider ponctuellement, mais ils ne remplacent pas le brossage. D’ailleurs, un usage excessif d’antiseptiques buccaux peut déséquilibrer la flore naturelle.

L’hydratation et les habitudes de vie

Boire régulièrement, en particulier avant le coucher et au réveil, favorise la production de salive. Éviter les dîners trop copieux, l’alcool, le tabac et le café tardifs aide également.

L’air sec peut aussi accentuer la sécheresse buccale. Un humidificateur dans la chambre peut faire une vraie différence.

Le rôle du petit-déjeuner

Manger le matin n’a pas qu’un intérêt énergétique. La mastication stimule la production de salive et contribue à éliminer naturellement les bactéries accumulées pendant la nuit. 

Un petit-déjeuner équilibré, riche en fibres et en eau (fruits, yaourt, pain complet) est un geste simple pour retrouver un souffle plus frais.

Et la consultation, si besoin

Un contrôle dentaire une à deux fois par an permet de prévenir les causes buccales de l’halitose (caries, tartre, inflammation). Si le dentiste ne trouve rien, il pourra orienter vers un autre spécialiste. 

L’important est de ne pas banaliser une halitose persistante. C’est parfois le signe d’un déséquilibre local ou général qu’il faut corriger.

À SAVOIR

Mâcher un chewing-gum sans sucre après le réveil stimule la salivation, qui neutralise naturellement les bactéries responsables des mauvaises odeurs.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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