Tabagisme passif : près de 1,7 million de morts dans le monde chaque année

le 14 septembre 2026 à 16h33
Une personne tient une cigarette allumée, dont la fumée se diffuse dans l’air et expose les autres au tabagisme passif.
La fumée de cigarette contient plus de 7 000 substances chimiques, dont au moins 70 sont cancérogènes. © Magnific
Vous ne fumez pas ? La fumée des autres peut pourtant sérieusement peser sur votre santé. Une étude publiée le 7 septembre 2026 estime que 2,71 milliards de personnes ont été exposées au tabagisme passif en 2023. Cette exposition serait responsable de 1,66 million de décès dans le monde, notamment en raison de maladies cardiovasculaires et respiratoires. Et les enfants sont loin d’être épargnés.
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Une cigarette allumée à côté de soi, un parent qui fume dans la maison, un collègue régulièrement exposé à la fumée… On ne tient pas forcément la cigarette entre ses doigts pour en subir les effets. Chaque année, le tabac provoque plus de 7 millions de décès dans le monde, principalement chez les personnes qui fument. En France, il est responsable d’environ 68 000 décès par an et reste la première cause de mortalité évitable.

Mais une partie de ce lourd bilan concerne aussi ceux qui ne fument pas. Car une cigarette ne fait pas respirer sa fumée qu’à celui ou celle qui l’allume. Elle se diffuse dans l’air et peut être inhalée par l’entourage. C’est ce que l’on appelle le tabagisme passif. Et même sans fumer soi-même, cette exposition n’est pas anodine : il n’existe pas de niveau d’exposition à la fumée de tabac considéré comme sans danger.

Une nouvelle étude publiée le 7 septembre 2026 dans The Lancet Public Health permet justement de mesurer l’ampleur du phénomène. Les chercheurs du Global Burden of Disease (GBD) ont analysé la situation dans 204 pays et territoires entre 1990 et 2023. Leurs résultats montrent que, malgré les progrès réalisés depuis trente ans, des milliards de personnes restent exposées à la fumée des autres.

2,71 milliards de personnes exposées à la fumée des autres

Près d’une personne sur trois dans le monde respire encore la fumée de cigarette des autres. En 2023, 2,71 milliards de personnes auraient été exposées au tabagisme passif, selon les estimations de l’étude. Un chiffre colossal, qui pourrait en réalité se situer entre 2,44 et 3,02 milliards. Pour mesurer l’ampleur du phénomène, impossible évidemment de suivre chaque personne exposée à la fumée de tabac. Les chercheurs ont donc croisé de nombreuses enquêtes menées auprès des populations avec des données sur les foyers, avant d’estimer l’exposition selon les pays, l’âge et le sexe. Ces travaux permettent ainsi de dresser une photographie mondiale du tabagisme passif.

Il y a malgré tout du mieux. Entre 1990 et 2023, la proportion de personnes exposées a diminué de 22,2 % dans le monde, après prise en compte des différences d’âge entre les populations. En clair, le tabagisme passif est proportionnellement moins fréquent qu’il y a une trentaine d’années.

Mais il y a un hic. Avec l’augmentation de la population mondiale, le nombre total de personnes exposées n’a quasiment pas diminué. Certaines régions enregistrent même la tendance inverse. Depuis 1990, le nombre de personnes concernées a ainsi grimpé de 98,5 % en Afrique subsaharienne et de 72,1 % en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Une baisse en proportion, donc, mais encore très peu visible lorsqu’on regarde le nombre de personnes réellement exposées.

Tabagisme passif : à quel point est-il dangereux pour la santé ?

Le tabagisme passif serait responsable de 1,66 million de décès

En 2023, le tabagisme passif aurait été responsable de 1,66 million de décès dans le monde, selon les chercheurs. Leur estimation se situe entre 1,33 et 2,07 millions de morts. Bien sûr, personne ne meurt avec « tabagisme passif » inscrit comme seule cause sur son certificat de décès. C’est l’exposition répétée à la fumée des autres qui augmente le risque de développer plusieurs maladies, notamment cardiovasculaires et respiratoires, dont certaines peuvent être mortelles. Les chercheurs ont donc estimé la part de ces décès directement attribuable à cette exposition.

Et la mortalité n’est que la partie la plus visible du problème. Car le tabagisme passif peut aussi faire perdre des années de vie en bonne santé. En tenant compte à la fois des décès prématurés et des années vécues avec une maladie ou un handicap, 44,8 millions d’années de vie en bonne santé auraient été perdues à cause du tabagisme passif en 2023. 

Le cœur est particulièrement touché

Quand on pense à la cigarette, on pense immédiatement aux poumons. Logique, mais incomplet. Le tabagisme passif touche aussi directement le système cardiovasculaire. Dans la nouvelle étude, la cardiopathie ischémique est la première cause d’années de vie en bonne santé perdues attribuables au tabagisme passif, avec environ 12 millions de DALY en 2023. La cardiopathie ischémique correspond aux maladies dans lesquelles le muscle du cœur ne reçoit plus suffisamment de sang et donc d’oxygène, généralement parce que les artères coronaires sont rétrécies ou obstruées. L’infarctus du myocarde en fait partie.

En France, Santé publique France rappelle que l’exposition à la fumée de cigarette augmente d’environ 27 % le risque de crise cardiaque chez un non-fumeur. L’agence souligne également une augmentation du risque de cancer du poumon chez les personnes régulièrement exposées à la fumée de leur conjoint. La fumée de cigarette n’est en effet pas simplement de la vapeur accompagnée d’une mauvaise odeur. Selon le ministère de la Santé, elle contient plus de 4 000 substances chimiques, dont plus de 250 considérées comme dangereuses pour la santé et au moins 70 identifiées comme cancérogènes chez l’être humain ou l’animal.

767 millions d’enfants concernés

En 2023, 767 millions d’enfants âgés de 0 à 14 ans auraient été exposés au tabagisme passif dans le monde, selon les estimations du GBD. Cela représente plus d’un quart de l’ensemble des personnes exposées recensées par les chercheurs. Et chez eux, ce sont surtout les voies respiratoires qui trinquent. Les infections des voies respiratoires inférieures représentent la première cause de perte de santé attribuable au tabagisme passif chez les enfants, avec environ 5,16 millions d’années de vie en bonne santé perdues en 2023.

Le problème est bien connu des autorités sanitaires. Santé publique France indique que l’exposition à la fumée de tabac chez l’enfant augmente notamment les risques d’infections respiratoires, d’asthme, d’otites et de mort subite du nourrisson. Le fœtus peut également être concerné. L’Assurance maladie inclut dans le tabagisme passif l’exposition du fœtus lorsque sa mère est elle-même exposée ou fume pendant la grossesse.

Femmes et enfants, des populations particulièrement exposées

En 2023, les niveaux d’exposition les plus élevés, après standardisation selon l’âge, étaient observés dans une vaste zone regroupant l’Asie du Sud-Est, l’Asie de l’Est et l’Océanie, où la prévalence atteignait environ 48,4 %. Dans certains pays, les femmes présentaient une prévalence d’exposition près de 1,8 fois supérieure à celle des hommes.

Ces écarts s’expliquent notamment par les différences de consommation de tabac entre hommes et femmes, mais aussi par les conditions de vie et la protection contre la fumée dans les espaces privés et publics. Les auteurs de l’étude insistent donc particulièrement sur la nécessité de protéger les femmes et les enfants, notamment au domicile, un endroit beaucoup plus difficile à réglementer qu’un restaurant, une entreprise ou une gare.

Et en France, sommes-nous encore durement exposés au tabagisme passif ?

Oui. Même si la situation française s’est nettement améliorée avec les différentes interdictions de fumer, le problème n’a pas disparu. Le ministère de la Santé estime actuellement qu’environ un million de personnes sont exposées au tabagisme passif en France et que celui-ci serait responsable de 3 000 à 5 000 décès prématurés chaque année.

Les données françaises détaillées sur les lieux d’exposition sont toutefois plus anciennes. Selon Santé publique France, en 2014, 15,5 % des personnes âgées de 15 à 75 ans occupant un emploi déclaraient être exposées à la fumée des autres à l’intérieur de leur lieu de travail. La même année, 28,2 % des 15-75 ans indiquaient que quelqu’un fumait à l’intérieur de leur domicile, contre 32,8 % en 2005. Chez les adolescents, une enquête menée en 2017 montrait que 24 % des jeunes de 17 ans déclaraient être exposés à la fumée de tabac chez eux. Des chiffres à manier avec leur date, donc, mais qui rappellent une chose : une fois la porte de la maison refermée, la réglementation ne suffit plus à protéger les non-fumeurs.

Depuis 2025, la France a élargi les espaces sans tabac

La lutte contre le tabagisme passif s’est justement renforcée récemment en France. Un décret publié au Journal officiel le 28 juin 2025 a étendu l’interdiction de fumer à de nouveaux espaces extérieurs. Elle concerne désormais notamment les parcs et jardins publics, les plages pendant la saison balnéaire, les zones d’attente des voyageurs, les espaces extérieurs des bibliothèques et équipements sportifs ainsi que les abords de certains lieux fréquentés par des mineurs.

Autrement dit, le vieux réflexe consistant à penser que « dehors, la fumée disparaît immédiatement » mérite d’être nuancé. Santé publique France rappelle que le tabagisme passif est plus toxique dans un espace fermé, où les substances s’accumulent, mais qu’une exposition existe également à l’extérieur, notamment dans les endroits couverts ou peu ventilés. Ces nouvelles interdictions françaises poursuivent d’ailleurs deux objectifs : réduire directement l’exposition à la fumée, mais aussi rendre la cigarette moins visible, particulièrement auprès des enfants et adolescents.

Tabagisme passif : ouvrir la fenêtre ne suffit pas

Reste enfin le lieu où l’exposition est probablement la plus difficile à éviter : le domicile. Fumer à la fenêtre ou dans une autre pièce peut sembler être un compromis. Cela ne transforme pourtant pas le logement en environnement sans fumée. Les autorités sanitaires recommandent avant tout de ne pas fumer à l’intérieur du domicile ni dans la voiture, particulièrement lorsqu’un enfant est présent.

En France, fumer dans une voiture en présence d’un mineur est d’ailleurs interdit. Car le message de la nouvelle étude est finalement assez simple. Le tabagisme passif a reculé proportionnellement depuis 1990, preuve que les politiques de prévention et les espaces sans tabac peuvent fonctionner. Mais avec 2,71 milliards de personnes encore exposées et 1,66 million de décès attribués à cette exposition en 2023, la fumée des autres reste un problème majeur de santé publique. Et non, ne pas allumer soi-même la cigarette ne suffit malheureusement pas toujours à rester à l’abri.

À SAVOIR 

Même cigarette éteinte, le tabac peut laisser des traces. On parle de « fumée tertiaire » : des résidus de nicotine et d’autres substances issus de la fumée se déposent sur les vêtements, les meubles, les murs ou encore dans la poussière et peuvent y persister pendant des mois. La nicotine déposée sur certaines surfaces peut même réagir avec des composés présents dans l’air et former des substances cancérogènes.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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