La radiothérapie fait partie des traitements les plus courants contre le cancer. Comme tout traitement, elle doit être expliquée au patient avant d’être mise en place. Bénéfices attendus, effets secondaires, risques ou alternatives lorsqu’elles existent doivent être abordés afin qu’il puisse participer à la décision et donner son consentement en connaissance de cause. Mais entre ce principe et l’expérience des malades, l’écart reste important.
Une étude publiée ce lundi 14 septembre 2026 par la Ligue contre le cancer, menée auprès de 3 669 patients traités par radiothérapie en France, révèle que 50,6 % disent ne pas avoir été consultés sur leur traitement. Près de trois sur dix affirment également que leur consentement n’a pas été sollicité.
Radiothérapie : pourquoi le choix du patient compte-t-il ?
Selon l’Institut national du cancer (INCa), plus de la moitié des personnes atteintes d’un cancer reçoivent une radiothérapie au cours de leur parcours de soins. Le traitement utilise des rayonnements dirigés vers la tumeur pour détruire les cellules cancéreuses, en épargnant au maximum les tissus sains autour. La manière de traiter dépend évidemment du cancer et ce sont les médecins qui déterminent la stratégie la plus adaptée. Avant de commencer, le dossier est généralement discuté lors d’une réunion de concertation pluridisciplinaire, où au moins trois médecins de spécialités différentes examinent les traitements possibles.
Mais lorsqu’il existe plusieurs options, elles peuvent avoir des bénéfices, des risques ou des conséquences différentes sur le quotidien. Le patient doit donc savoir ce qu’on lui propose et pourquoi, connaître les effets secondaires possibles et les alternatives lorsqu’elles existent. Il peut alors exprimer ses préférences et accepter ou refuser le traitement en connaissance de cause. Être associé à la décision ne signifie donc pas choisir seul sa radiothérapie, mais pouvoir participer à une décision qui concerne directement sa santé et sa vie quotidienne.
Radiothérapie : comment les patients vivent-ils le traitement ?
Près de trois patients sur dix disent ne pas avoir été interrogés sur leur consentement
Parmi les 3 669 patients interrogés, 28,5 % déclarent que leur consentement n’a pas été demandé avant leur radiothérapie. Or le consentement n’est pas une petite formalité administrative à cocher au passage. En France, il s’agit d’un droit inscrit dans le Code de la santé publique. Son article L1111-4 prévoit qu’aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne, et que ce consentement peut être retiré à tout moment.
« Éclairé », voilà le mot important. Pour pouvoir accepter ou refuser un soin en connaissance de cause, encore faut-il comprendre ce qui est proposé. L’article L1111-2 du même Code prévoit donc que le patient doit recevoir des informations sur les traitements envisagés, leur utilité, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles, mais également les autres solutions possibles et les conséquences éventuelles d’un refus.
Il ne s’agit évidemment pas pour le patient de choisir seul son protocole dans un catalogue de traitements. Le médecin conserve son expertise et formule ses recommandations en fonction des données scientifiques et de la situation médicale. Mais la décision doit être expliquée et discutée. Le Code de la santé publique précise d’ailleurs que la personne prend avec le professionnel de santé les décisions concernant sa santé.
Effets secondaires : plus d’un patient sur quatre dit ne pas avoir été informé
27 % des patients interrogés déclarent ne pas avoir été informés des effets secondaires possibles et des risques liés à leur radiothérapie. Pourtant, ces informations peuvent avoir des conséquences très concrètes sur la vie du malade. Les rayons sont dirigés le plus précisément possible vers la tumeur, mais ils peuvent également toucher des cellules saines situées à proximité. Les effets indésirables varient énormément en fonction de la partie du corps irradiée, du volume traité, de la dose reçue, de l’état général et de la sensibilité propre à chaque personne.
La fatigue est fréquente. Des rougeurs et irritations de la peau peuvent apparaître. Selon la zone irradiée, certains patients peuvent également connaître des troubles digestifs, des inflammations des muqueuses, des difficultés à avaler ou encore des conséquences sur la sexualité et la fertilité. Et tous les effets ne disparaissent pas nécessairement dès la dernière séance. Certains peuvent survenir plusieurs mois, voire plus longtemps après la fin du traitement. On parle alors d’effets tardifs ou de séquelles.
Voilà pourquoi l’information donnée avant le traitement compte autant. Elle ne sert pas simplement à dresser une liste anxiogène de complications possibles. Elle permet au patient de savoir à quoi s’attendre, de signaler rapidement un problème et, surtout, de mettre en balance les bénéfices attendus et les contraintes du traitement lorsqu’une décision doit être prise.
Après la dernière séance, certains patients se sentent encore peu préparés
Le manque d’information ne concerne d’ailleurs pas uniquement la période précédant la radiothérapie. Selon l’étude, 24,4 % des personnes interrogées déclarent n’avoir reçu aucune information sur l’après-traitement. Terminer sa radiothérapie ne signifie pas toujours tourner immédiatement la page du cancer. Il faut surveiller l’efficacité du traitement, repérer d’éventuels effets tardifs et prendre en charge les séquelles physiques ou psychologiques qui peuvent persister. L’Institut national du cancer rappelle notamment que le radiothérapeute participe à la surveillance du patient pendant et après le traitement. L’accompagnement peut également passer par les soins de support, c’est-à-dire :
- gestion de la douleur,
- soutien psychologique,
- activité physique adaptée,
- accompagnement nutritionnel,
- aide sociale,
- prise en charge de certains troubles liés à la maladie et aux traitements.
Bref, une fois la machine de radiothérapie éteinte, le parcours du patient, lui, n’est pas forcément terminé.
Les femmes beaucoup plus nombreuses à déclarer ne pas avoir été écoutées
37,3 % des femmes interrogées déclarent que leur consentement n’a pas été sollicité, contre 17,1 % des hommes. L’écart est donc de plus de vingt points. Même constat lorsqu’il est question de leur avis sur le traitement : 64 % des femmes disent que leur opinion n’a pas été demandée, contre 33 % des hommes.
Ces résultats montrent une différence nette dans les réponses recueillies, mais ils ne permettent pas, à eux seuls, d’en déterminer la cause. Types de cancers différents, parcours thérapeutiques, caractéristiques des personnes interrogées, pratiques médicales ou différences dans l’expérience du soin peuvent entrer en jeu. Il serait donc hasardeux d’en tirer une explication unique. Reste que l’écart est suffisamment important pour poser la question de la place accordée à la parole des patientes dans leur parcours thérapeutique.
À SAVOIR
Une séance de radiothérapie dure entre 10 et 30 minutes, mais la diffusion des rayons ne prend elle-même que quelques minutes.




