Deux jeunes sur trois disent devoir relire une phrase pour la comprendre

le 31 août 2026 à 12h22
Un jeune confronté à d’importantes difficultés de compréhension en lecture.
Une donnée moins répétée et intéressante pour la légende : Deux jeunes interrogés sur trois associent leurs difficultés de lecture à une perte de confiance ou à un sentiment de découragement. © Magnific
À la veille de la rentrée scolaire 2026, une enquête Atol-Les Sherpas menée auprès de 697 parents et jeunes révèle de réelles difficultés de lecture qui peuvent rapidement mener à la fatigue et au décrochage, souvent sous-estimées par les adultes.
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Lire une consigne, comprendre un chapitre, réviser un cours… Sur le papier, rien de bien extraordinaire dans la journée d’un collégien, d’un lycéen ou d’un étudiant. Mais pour certains, arriver au bout d’un texte et surtout en retenir le sens demande déjà un sacré effort. C’est ce que suggère une enquête publiée ce 1er septembre 2026 par Atol et Les Sherpas. Réalisé en ligne du 28 juillet au 13 août auprès de 697 personnes issues de la base des Sherpas, le sondage montre que 66,7 % des jeunes interrogés disent devoir relire plusieurs fois une même phrase pour la comprendre.

Les jeunes ont-ils vraiment de plus en plus de mal à lire ?

Du collège au supérieur, des difficultés de lecture qui persistent

Dans le détail, 36,4 % des jeunes interrogés reconnaissent spontanément que la lecture de textes longs leur demande un effort particulier. Mais lorsque les questions deviennent plus précises, les difficultés apparaissent plus largement. D’après l’enquête, 78,6 % des collégiens interrogés disent devoir relire plusieurs fois une phrase pour la comprendre, contre 65,6 % des lycéens et 57,8 % des jeunes de l’enseignement supérieur. Même travailler régulièrement ne semble pas faire disparaître complètement le problème : parmi ceux déclarant travailler tous les jours ou très souvent en dehors des cours, 64,4 % disent eux aussi devoir s’y reprendre à plusieurs fois.

Attention toutefois à ne pas confondre ces déclarations avec un diagnostic de trouble de la lecture ou avec l’illettrisme. Devoir relire une phrase peut avoir de multiples explications et ce sondage ne permet pas d’en déterminer les causes. À l’échelle nationale, les évaluations standardisées confirment néanmoins l’existence de difficultés importantes chez une partie des jeunes.

Selon la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), 13 % des jeunes ayant participé à la Journée défense et citoyenneté en 2024 présentaient des difficultés en lecture, contre 11,8 % en 2023. Parmi eux, 6 % de l’ensemble des participants pouvaient être considérés en situation d’illettrisme. À l’inverse, environ 76 % étaient considérés comme des lecteurs efficaces.

Au bout de 30 minutes, beaucoup disent décrocher

Comprendre ce que l’on lit est une chose. Rester concentré suffisamment longtemps pour apprendre en est une autre. Parmi les 91 jeunes de l’enquête Atol-Les Sherpas qui reconnaissent que la lecture leur demande un effort particulier, 72,5 % disent décrocher en moins de 30 minutes face à un texte long. La difficulté ne s’arrête d’ailleurs pas à la compréhension puisque 66,3 % associent leurs problèmes à une perte de confiance ou à un sentiment de découragement.

Autrement dit, lorsqu’une page réclame beaucoup d’efforts, le problème peut rapidement dépasser la simple lecture. Relire, perdre le fil puis recommencer peut rendre les devoirs plus laborieux et alimenter la sensation de ne pas y arriver.

Les résultats internationaux permettent là encore de remettre ces déclarations en perspective. Dans l’enquête PISA 2022 de l’OCDE, 73 % des élèves français de 15 ans atteignaient au moins le niveau 2 en compréhension de l’écrit, un résultat proche de la moyenne de l’OCDE, fixée à 74 %. Cela signifie aussi qu’environ un élève français sur quatre n’atteignait pas ce seuil. Les performances françaises en lecture ont par ailleurs reculé par rapport à 2018, dans une tendance à la baisse amorcée autour de 2012.

En cas de difficulté, les jeunes se tournent davantage vers Internet que vers leurs parents

Parents et enfants ne semblent pas toujours regarder le problème avec les mêmes lunettes. Plus de sept parents interrogés sur dix, précisément 71,4 %, déclarent avoir déjà remarqué au moins un signe de fatigue ou de décrochage lorsque leur enfant lit, révise ou fait ses devoirs. Mais lorsqu’un problème survient, les jeunes ne se tournent pas nécessairement vers eux. Ainsi, 80,8 % des parents pensent faire partie des personnes vers lesquelles leur enfant peut se tourner en cas de difficulté. Du côté des jeunes, seuls 26,4 % citent réellement leurs parents parmi leurs recours. Le fossé est plutôt impressionnant. 

À la place, 45,7 % des jeunes interrogés disent se débrouiller seuls et 53,5 % indiquent passer par Internet ou une intelligence artificielle. Les parents ne sont que 24,4 % à imaginer ce recours au numérique et à l’IA. L’enquête ne permet toutefois pas de savoir précisément comment ces outils sont utilisés : pour expliquer une notion, résumer un texte, chercher une définition, réaliser un exercice ou obtenir directement une réponse. Impossible donc d’en déduire leur effet sur l’apprentissage.

Comment mieux accompagner les jeunes en difficulté ?

Écrans, pauses, méthode… Face aux difficultés, chacun voit ses propres solutions

Les solutions imaginées par les adultes ne correspondent pas toujours à celles réclamées par les principaux concernés. Plus de huit jeunes interrogés sur dix (81,9 %) souhaiteraient au moins un outil, un support ou un rythme de travail davantage adapté. Leur première demande ? Pouvoir bénéficier de pauses ou d’un rythme plus adapté, une réponse citée par 52 % des jeunes et même 67,9 % des collégiens. Ils sont également 37,7 % à souhaiter des outils les aidant à rester concentrés. Les parents, eux, privilégient davantage la méthode de travail (73,6 %) et l’accompagnement individualisé (71,3 %). Deux solutions citées respectivement par seulement 24,2 % et 18,7 % des jeunes.

Même désaccord autour des écrans. Dans l’enquête, 62,7 % des jeunes pensent que les adultes attribuent leurs difficultés aux écrans. Pourtant, seuls 12,4 % des parents interrogés disent effectivement les considérer comme une cause. Difficile, là encore, de désigner un coupable universel. Cette enquête mesure des perceptions et des comportements déclarés ; elle ne démontre pas que les écrans, un problème visuel, le manque de méthode ou tout autre facteur sont responsables des difficultés observées.

Comprendre un texte, ce n’est pas seulement savoir lire les mots

L’OCDE définit en effet la maîtrise de la lecture de façon beaucoup plus large : il s’agit de pouvoir comprendre, utiliser, évaluer et réfléchir sur des textes afin notamment d’acquérir des connaissances. À l’heure du numérique, cela suppose également de naviguer entre différentes sources, d’en évaluer le contenu et de distinguer les faits des opinions. Les données de la DEPP montrent d’ailleurs que les difficultés peuvent prendre différentes formes. Lors de la JDC 2024, certains jeunes disposaient d’un vocabulaire correct mais éprouvaient malgré tout des difficultés importantes pour comprendre les textes. D’autres présentaient des difficultés plus sévères touchant notamment les mécanismes de base de la lecture.

Le constat apparaît également dans certaines filières scolaires. À la rentrée 2024, parmi 52 000 élèves entrant en première année de CAP et ayant passé un test de positionnement, 16,9 % ne maîtrisaient pas les compétences élémentaires de littératie, c’est-à-dire les compétences permettant de comprendre et d’utiliser des informations écrites. À quelques heures de la rentrée, cette enquête rappelle surtout qu’un jeune qui décroche devant ses devoirs n’est pas forcément déconcentré. Il peut simplement avoir du mal à comprendre ce qu’il lit.

À SAVOIR 

Lire à voix haute peut aider à mieux comprendre un texte. En obligeant le lecteur à ralentir, à respecter la ponctuation et à donner du sens aux phrases, cet exercice mobilise davantage l’attention et peut faciliter la compréhension. Il permet aussi de repérer plus facilement les mots ou passages sur lesquels la lecture bute.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

Une réponse

  1. La faute aux parents qui déléguent beaucoup à l’éducation nationale, mais aussi aux différentes réformes de l’enseignement qui n’ont fait que dégrader le niveau d’apprentissage par des méthodes non adaptées.

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