Un médicament pour corriger l’autre : ces associations à surveiller chez les seniors

le 18 septembre 2026 à 16h29
Une personne âgée qui prend plusieurs médicaments en même temps pour traiter différents problèmes de santé.
En France, 14 % des personnes de 65 ans et plus reçoivent plus de dix médicaments différents, selon l’Assurance maladie. © Magnific
Un médicament provoque un effet secondaire, puis un autre est prescrit pour le soulager. Chez les personnes âgées, ces réactions en chaîne peuvent rapidement alourdir l’ordonnance. Vingt-quatre associations particulièrement fréquentes viennent d’être identifiées et méritent une surveillance particulière.
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Un traitement contre le cholestérol, puis un antidouleur. Du fer, puis un laxatif. Un médicament contre les symptômes de la maladie d’Alzheimer, puis un somnifère. Pris séparément, chacun de ces traitements peut parfaitement avoir sa raison d’être. Mais parfois, leur succession raconte une autre histoire. C’est ce que les spécialistes appellent une « cascade de prescriptions ». Elle peut commencer lorsqu’un médicament entraîne un effet indésirable. Celui-ci est alors interprété comme un nouveau problème de santé, qui conduit à la prescription d’un deuxième médicament. Et la première molécule reste sur l’ordonnance.

Une étude canadienne vient de mesurer l’ampleur potentielle de ces enchaînements chez les seniors. L’équipe menée par la chercheuse Paula Rochon a analysé les données de 2 297 942 personnes âgées de 66 ans et plus, vivant à domicile en Ontario. Sur 65 cascades médicamenteuses déjà considérées comme potentiellement inappropriées par un panel international d’experts, 24 ont suffisamment ressorti dans les données pour être considérées comme prioritaires à surveiller. Pas question pour autant de jeter la moitié de l’armoire à pharmacie. Ces associations ne sont ni systématiquement dangereuses, ni forcément injustifiées. 

Qu’est-ce qu’une « cascade de prescriptions » ?

Une personne commence un traitement et, quelques jours ou semaines plus tard, souffre de constipation, de douleurs, de nausées ou de troubles du sommeil. Si personne ne fait le lien avec le médicament, ce nouvel effet peut être pris pour un problème de santé à part entière. Un deuxième traitement est alors prescrit pour le soulager, tandis que le premier reste sur l’ordonnance. C’est ce que l’on appelle une « cascade de prescriptions », un phénomène encore difficile à repérer, notamment chez les personnes âgées qui prennent déjà plusieurs médicaments.

À ne pas confondre avec une interaction médicamenteuse, où deux traitements pris ensemble peuvent modifier leurs effets. Ici, c’est l’effet indésirable du premier médicament qui conduit à en prescrire un autre. Et plus l’ordonnance s’allonge, plus il devient difficile de remonter à l’origine du problème.

Quand les effets secondaires font s’allonger l’ordonnance

24 associations médicamenteuses ressortent particulièrement

Les chercheurs ont analysé les prescriptions de près de 2,3 millions de personnes âgées de 66 ans et plus vivant en Ontario, au Canada. Ils sont partis d’une liste de 65 enchaînements possibles déjà identifiés par des experts, dans lesquels un premier médicament peut provoquer un effet secondaire conduisant à la prescription d’un second.

Parmi eux, 24 sont apparus suffisamment fréquents pour mériter une attention particulière. Autrement dit, le deuxième médicament était régulièrement prescrit après le premier, dans un ordre qui peut faire penser à une cascade. Cela ne prouve pas que le premier traitement est responsable dans chaque cas. Mais lorsqu’un laxatif est, par exemple, souvent prescrit après du fer, qui peut provoquer de la constipation, cela doit pousser à vérifier si le deuxième médicament ne sert pas simplement à corriger un effet indésirable du premier.

Fer, statines, médicaments contre Alzheimer… trois enchaînements ressortent

Du fer qui constipe, une statine qui provoque des douleurs musculaires ou un traitement contre Alzheimer qui perturbe le sommeil. Ce sont précisément ces effets indésirables qui peuvent parfois faire entrer un nouveau médicament dans l’ordonnance. L’enchaînement fer puis laxatif arrive en tête, avec 11,9 % des personnes ayant commencé ces deux types de traitements. Suivent les statines puis un antidouleur, avec 10,9 %, et certains traitements de la maladie d’Alzheimer puis un médicament pour dormir, avec 10,3 %.

Les chercheurs ont également repéré d’autres séquences, comme des corticoïdes suivis d’un antipsychotique, un laxatif suivi d’un antidiarrhéique ou encore certains traitements contre Alzheimer suivis d’un médicament contre les nausées. Ces associations ne prouvent pas que le premier médicament entraîne systématiquement le second. Elles montrent en revanche comment un effet indésirable peut parfois conduire à ajouter un nouveau traitement plutôt qu’à réévaluer celui qui pourrait en être à l’origine.

Avec l’âge, les médicaments s’accumulent et les risques aussi

Pourquoi les personnes âgées sont-elles plus concernées ?

Avec l’âge, les maladies chroniques sont souvent plus nombreuses et les traitements peuvent s’accumuler. Hypertension, diabète, maladies cardiovasculaires ou douleurs chroniques peuvent ainsi nécessiter plusieurs médicaments en même temps.

L’organisme change également en vieillissant. Les reins et le foie, qui participent à l’élimination de nombreux médicaments, peuvent notamment fonctionner moins efficacement. Certaines molécules restent alors plus longtemps dans l’organisme ou sont moins bien tolérées, ce qui peut favoriser les effets indésirables.

En France, un senior sur deux prend plus de cinq médicaments

La polymédication est donc particulièrement surveillée. Selon l’Assurance maladie, une personne sur deux âgée de 65 ans et plus reçoit plus de cinq molécules au moins trois fois dans l’année. Et 14 % en reçoivent plus de dix.

Or, plus les médicaments s’accumulent, plus les effets indésirables et les interactions deviennent difficiles à éviter ou à repérer. L’exposition à une interaction médicamenteuse contre-indiquée est associée à un risque d’hospitalisation urgente près de 2,5 fois plus élevé. Prendre plusieurs traitements reste bien sûr nécessaire pour de nombreux patients. L’enjeu est surtout de vérifier régulièrement que chacun reste utile, adapté et bien toléré.

Les prescriptions des seniors sont surveillées de près

En France aussi, certaines prescriptions chez les personnes âgées posent question. Une étude publiée en 2021 dans l’European Journal of Clinical Pharmacology, à partir des remboursements de médicaments de 2017, estimait que 56,7 % des personnes de 65 ans et plus avaient reçu au moins une prescription potentiellement inappropriée.

Une autre étude, publiée en 2025 dans le Journal of the American Geriatrics Society, s’est penchée sur près de 17 millions de Français de 65 ans et plus. En 2023, 32,8 % avaient reçu au moins un médicament anticholinergique ou sédatif considéré comme à éviter chez les seniors dans certaines situations. Cette proportion atteignait 54,5 % chez les personnes vivant en institution.

Faut-il arrêter un médicament lorsqu’un effet secondaire apparaît ?

Surtout pas de sa propre initiative. Un médicament peut provoquer un effet secondaire tout en restant indispensable. Et parfois, prescrire un deuxième traitement pour mieux le supporter est tout à fait justifié. Le bon réflexe est plutôt de faire le point sur son ordonnance avec son médecin ou son pharmacien. Un nouveau symptôme vient d’apparaître ? Il peut être utile de regarder si un médicament a été commencé récemment, si une dose a changé ou si cet effet est déjà connu.

En France, les professionnels peuvent notamment s’appuyer sur REMEDI[e]S, une liste de médicaments considérés comme potentiellement inappropriés chez les personnes âgées. Elle aide médecins et pharmaciens à repérer les traitements qui présentent davantage de risques avec l’âge, ceux dont la dose mérite d’être adaptée ou ceux pour lesquels une alternative peut être envisagée. Elle concerne principalement les personnes de 75 ans et plus, ou dès 65 ans lorsqu’elles cumulent plusieurs maladies.

À SAVOIR 

En France, il est possible de faire le point sur toute son ordonnance directement avec son pharmacien. Le « bilan partagé de médication » s’adresse aux personnes de plus de 65 ans atteintes d’une maladie chronique et prenant au moins cinq médicaments depuis six mois ou plus. Le pharmacien passe en revue les traitements, y compris ceux pris sans ordonnance, recherche d’éventuelles interactions ou effets indésirables et peut ensuite échanger avec le médecin traitant. 

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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