Red Bull, Monster et autres canettes aux couleurs flashy pourraient bientôt devenir plus difficiles à acheter pour les plus jeunes. En effet, les députés Sandrine Runel, socialiste du Rhône, et Yannick Neuder, député de l’Isère et ancien ministre chargé de la Santé, ont présenté devant la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale leur rapport sur l’exposition des jeunes aux boissons énergisantes et aux boissons alcoolisées prêtes à boire.
Parmi leurs principales recommandations, les deux parlementaires proposent d’interdire la vente de boissons énergisantes aux moins de 16 ans. Mais aussi de les retirer des distributeurs automatiques, où le contrôle de l’âge est difficile. Pour faire passer ces mesures du rapport à la loi, ils comptent notamment déposer des amendements au projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027, ainsi qu’une proposition de loi spécifique.
Des boissons qui ont largement dépassé les rayons des salles de sport
Que l’on soit clair. Une boisson « énergisante » n’est pas une boisson « énergétique » destinée à accompagner l’effort. Il s’agit généralement d’un soda riche en caféine, auquel peuvent s’ajouter taurine, vitamines, sucre ou édulcorants. Et le succès est au rendez-vous. En France, ce marché est passé d’environ 184 millions d’euros en 2016 à près de 781 millions en 2025.
Longtemps associées aux sports extrêmes, ces canettes ont largement gagné le quotidien des jeunes. Soirées, jeux vidéo, révisions ou simple coup de fatigue… Toutes les occasions sont bonnes. Une enquête européenne de l’EFSA publiée en 2013 montrait déjà que 68 % des adolescents de 10 à 18 ans interrogés en avaient consommé. Parmi eux, 12 % en buvaient au moins quatre à cinq jours par semaine.
Mais pourquoi vouloir interdire ces boissons aux moins de 16 ans ?
Le vrai coup de fouet vient surtout de la caféine
Si ces boissons donnent l’impression d’un regain d’énergie, c’est principalement grâce à la caféine, un stimulant du système nerveux central qui augmente temporairement la vigilance et réduit la sensation de fatigue. Une canette standard de 250 ml en apporte environ 80 mg, soit à peu près autant qu’un expresso de 60 ml. Mais selon les produits et les formats, la quantité peut être plus importante.
Chez les plus jeunes, le poids compte beaucoup. L’EFSA estime qu’une consommation allant jusqu’à 3 mg de caféine par kilo de poids corporel et par jour ne soulève pas de problème de sécurité chez l’enfant et l’adolescent. Pour un jeune de 40 kg, cela représente 120 mg sur l’ensemble de la journée. Une canette contenant 80 mg correspond donc déjà aux deux tiers de cette quantité, sans compter la caféine éventuellement consommée dans le thé, le café, le cola ou le chocolat.
Palpitations, anxiété, sommeil : le corps peut vite dire stop
Le « coup de boost » peut avoir son revers. Lorsque la caféine est consommée en quantité importante, elle peut provoquer plusieurs effets indésirables, notamment :
- des palpitations et une accélération du rythme cardiaque ;
- de l’anxiété, de la nervosité ou de l’irritabilité ;
- des difficultés à s’endormir et un sommeil de moins bonne qualité ;
- des maux de tête, tremblements ou autres troubles neurologiques.
Des effets cardiovasculaires, neurologiques et comportementaux liés aux boissons énergisantes ont déjà été signalés en France au dispositif de nutrivigilance de l’Anses. Chez les adolescents, le sommeil constitue l’un des principaux points de vigilance. Consommée tard dans la journée, la caféine peut retarder l’endormissement et perturber la nuit. Un cercle vicieux peut alors s’installer : moins de sommeil, davantage de fatigue le lendemain… et l’envie de reprendre une boisson caféinée pour tenir le coup.
Or, à cet âge, dormir suffisamment est essentiel pour la concentration, l’attention et les apprentissages. C’est notamment pour ces raisons que l’Anses recommande aux enfants et aux adolescents d’éviter les boissons énergisantes.
Le sucre s’ajoute à l’addition
La caféine n’est pas la seule à poser question. Beaucoup de boissons énergisantes sont également très sucrées. Certaines tournent autour de 10 à 11 g de sucre pour 100 ml. Une canette de 250 ml peut ainsi apporter environ 25 à 27 g de sucre, soit l’équivalent de cinq morceaux de 5 g.
Consommées régulièrement, ces boissons viennent donc augmenter rapidement les apports quotidiens en sucre. Comme pour les autres sodas, il faut en limiter la consommation. Et passer à une version « zéro » ne règle qu’une partie du problème. Le sucre disparaît, mais pas forcément la caféine. La boisson conserve alors son effet stimulant et les risques associés à une consommation excessive, notamment chez les adolescents.
Une consommation déjà déconseillée aux adolescents
Les autorités sanitaires déconseillent déjà les boissons énergisantes aux enfants et aux adolescents, mais leur vente aux mineurs reste autorisée en France. Un jeune de 13 ou 15 ans peut donc aujourd’hui acheter une canette dans un supermarché, une épicerie ou une station-service.
L’Anses recommande pourtant depuis plusieurs années aux plus jeunes d’éviter ces boissons en raison de leur teneur élevée en caféine et de leurs effets possibles sur le sommeil, le système cardiovasculaire ou encore l’anxiété. Elle déconseille également leur consommation avant ou pendant une activité physique ainsi que leur association avec de l’alcool.
Une restriction existe déjà depuis 2008 dans les établissements scolaires, où ces boissons ne peuvent pas être vendues. Avec leur proposition, les deux députés veulent donc aller plus loin et étendre cette interdiction de vente à tous les moins de 16 ans, quel que soit le lieu d’achat.
Boissons énergisantes : le mélange avec l’alcool inquiète aussi les députés
Le rapport va d’ailleurs plus loin que les seules boissons énergisantes. Sandrine Runel et Yannick Neuder se sont également penchés sur les boissons alcoolisées « prêtes à boire », ces mélanges vendus directement en canette ou en bouteille et associant par exemple un alcool à un soda ou, dans certains cas, à des ingrédients stimulants.
Sur le plan juridique, la vente d’alcool est déjà interdite à tous les mineurs en France, quel que soit le type de boisson. Le vendeur doit pouvoir demander au client de prouver sa majorité. Les rapporteurs souhaitent renforcer les contrôles et la responsabilité des vendeurs, avec notamment une sanction pouvant atteindre 50 000 euros en cas de vente d’alcool à un mineur, sur le modèle de dispositions existant en Allemagne. Ils proposent aussi d’étendre la taxe dite « prémix » et de durcir certaines règles de publicité en ligne pour ces boissons.
Le mélange alcool-boisson énergisante est particulièrement déconseillé par les autorités sanitaires. Le problème n’est pas que la caféine « dégrise », elle ne fait pas disparaître l’alcool du sang. L’association peut en revanche modifier les sensations ressenties et favoriser des comportements de consommation à risque.
À SAVOIR
La France ne serait pas la première en Europe à limiter l’accès des mineurs aux boissons énergisantes. La Lituanie interdit leur vente aux moins de 18 ans depuis 2014, et la Lettonie depuis 2016. En France, les députés proposent pour l’instant de fixer cette limite à 16 ans.



