L’industrie du médicament sans ordonnance est prospère. Mais est-elle aussi bénéfique pour les patients ? Pas sûr… 60 Millions de consommateurs a passé au crible 132 produits couramment utilisés en automédication, dont 60 médicaments disponibles sans ordonnance et 72 compléments alimentaires. Efficacité réelle, effets indésirables, contre-indications, risques liés à leur utilisation… chaque produit a été évalué pour déterminer si son bénéfice justifiait son utilisation. Et le constat est sévère. Voire désastreux ! En effet, moins de 15 % des produits examinés sont considérés comme « à privilégier » par le magazine. Parmi les seuls médicaments, la proportion tombe à 10 %, tandis que 35 des 60 références étudiées sont classées « à proscrire ».
Neuf médicaments sans ordonnance sur dix vendus en France ne sont pas pour autant inefficaces ou dangereux. Ils concernent uniquement les produits sélectionnés dans cette évaluation. Certains médicaments accessibles sans prescription ont une efficacité bien démontrée. Mais selon le principe actif, la dose, la durée du traitement ou l’état de santé de la personne, un médicament en apparence banal peut aussi présenter des risques.
Médicaments sans ordonnance : sont-ils vraiment efficaces et sans risque ?
Sans ordonnance ne veut pas dire sans effets indésirables
Dès lors qu’un médicament agit sur l’organisme, il peut aussi provoquer des effets indésirables. Avec des risques qui varient selon le principe actif, la dose, la durée du traitement, les autres médicaments pris en parallèle ou encore l’état de santé de la personne. Le paracétamol en est probablement l’exemple le plus parlant. Utilisé contre la douleur et la fièvre, il est recommandé en première intention par l’Assurance maladie dans de nombreuses situations et présente peu de risques lorsqu’il est correctement utilisé. Mais dépasser les doses recommandées peut entraîner de graves lésions du foie, parfois irréversibles.
Chez l’adulte, l’Assurance maladie conseille de commencer par 500 mg si cette dose suffit, de ne pas dépasser 1 g par prise, d’attendre au moins quatre à six heures entre deux prises et, sauf avis médical contraire, de rester sous 3 g par jour. Autre piège assez facile à éviter une fois qu’on le connaît, deux médicaments portant des noms différents peuvent contenir le même principe actif. Prendre plusieurs spécialités contenant du paracétamol au cours de la même journée peut donc conduire à dépasser la dose maximale sans même s’en rendre compte. Avant d’associer plusieurs médicaments, un coup d’œil à leur composition peut éviter bien des ennuis.
Efficace, mais à condition de traiter le bon problème
Prendre un médicament ne signifie pas forcément traiter la cause du problème. Contre un rhume, par exemple, les traitements servent surtout à soulager les symptômes comme le nez bouché, les maux de tête ou la fièvre. Ils n’éliminent pas le virus responsable de l’infection et ne permettent pas forcément de guérir plus vite. Un rhume guérit généralement spontanément en sept à dix jours. C’est là que la balance bénéfice-risque entre en jeu. En clair, il faut comparer ce que le médicament apporte réellement avec les risques qu’il peut entraîner. S’il soulage peu mais expose à des effets indésirables importants, son intérêt devient limité.
Cela ne rend pas tous les médicaments sans ordonnance inutiles. Le paracétamol soulage efficacement la douleur et la fièvre, tandis que certains anti-inflammatoires peuvent être utiles dans des situations précises. Tout dépend donc du symptôme, de la personne et surtout du bénéfice attendu face aux risques du traitement.
Ibuprofène et aspirine, efficaces… mais pas pour tout le monde
L’ibuprofène appartient à la famille des anti-inflammatoires non stéroïdiens, ou AINS. Ces médicaments réduisent notamment l’inflammation, la douleur et la fièvre. Certains dosages d’ibuprofène, de kétoprofène ou d’aspirine peuvent être obtenus sans ordonnance en France. Mais leur utilisation réclame davantage de précautions que celle du paracétamol. Les AINS peuvent notamment poser problème en cas d’ulcère de l’estomac, de maladie rénale, d’insuffisance cardiaque, de certains problèmes de coagulation ou pendant la grossesse. Ils peuvent également interagir avec certains traitements, notamment des anticoagulants.
Il faut aussi être particulièrement prudent lorsqu’une infection est suspectée. A éviter notamment, l’ibuprofène et le kétoprofène dans certaines infections comme une angine, une otite ou une rhinopharyngite en raison du risque de complications infectieuses graves. En automédication, la durée d’utilisation d’un AINS doit rester courte. Au maximum trois jours contre la fièvre et cinq jours contre la douleur.
Certains médicaments du rhume ont déjà quitté l’automédication
Pendant des années, des médicaments contenant de la pseudoéphédrine ont pu être achetés sans ordonnance pour déboucher le nez. Cette substance est un vasoconstricteur. Elle resserre les petits vaisseaux sanguins de la muqueuse nasale, ce qui réduit son gonflement et donne l’impression de mieux respirer. Le problème est que cette action ne se limite pas nécessairement au nez.
L’ANSM a alerté sur la possibilité d’effets indésirables cardiovasculaires et neurologiques rares mais graves associés à ces médicaments. Des infarctus du myocarde et des accidents vasculaires cérébraux ont notamment été rapportés. Les autorités sanitaires ont donc progressivement renforcé leurs recommandations. Depuis le 11 décembre 2024, les médicaments contenant de la pseudoéphédrine administrée par voie orale ne peuvent plus être délivrés en France sans ordonnance.
Médicaments sans ordonnances : le principal risque, c’est parfois le mélange
Le problème ne vient pas toujours d’une boîte prise isolément. Il peut apparaître lorsque les traitements s’accumulent. Une personne peut par exemple prendre un médicament habituel prescrit par son médecin, ajouter un produit acheté sans ordonnance et compléter le tout avec un autre médicament retrouvé dans l’armoire à pharmacie. Chaque produit peut avoir sa propre utilité, mais leur association peut modifier leurs effets ou augmenter le risque d’effets indésirables. C’est ce que l’on appelle une interaction médicamenteuse.
Le risque augmente particulièrement chez les personnes qui prennent déjà plusieurs traitements. Il est donc important de signaler au médecin et au pharmacien tous les médicaments utilisés, y compris ceux pris en automédication. Mais aussi les compléments alimentaires et certains produits de phytothérapie susceptibles d’interagir avec un traitement. Même réflexe devant deux boîtes qui semblent très différentes. Avant de les associer, mieux vaut regarder la ligne « substance active » de la notice ou demander conseil au pharmacien. Un même principe actif peut être commercialisé sous plusieurs marques. Bref, la vigilance est de mise…
À SAVOIR
Même un jus de pamplemousse peut modifier l’effet de certains médicaments. Il peut augmenter leur absorption par l’organisme et donc favoriser un surdosage ou certains effets indésirables. L’ANSM signale notamment des interactions avec certaines statines, des immunosuppresseurs et d’autres traitements.




