Douleur derrière l’oreille chez l’enfant : quels sont les signes d’une mastoïdite ?

Gonflement rouge derrière l'oreille chez un enfant atteint d'une mastoïdite.
Le gonflement rouge et douloureux derrière l'oreille, associé à un pavillon repoussé vers l'avant, est l'un des signes les plus évocateurs d'une mastoïdite. ©Wikipédia
La majorité des otites se résolvent sans laisser de séquelles grâce à un traitement approprié․ Toutefois, dans de rares situations, l'infection peut se propager à l'os situé derrière l'oreille, entraînant une mastoïdite. Bien que cette infection soit devenue beaucoup moins courante depuis l'apparition des antibiotiques et de la vaccination, elle demeure une urgence en raison de sa proximité avec l'oreille interne et le cerveau․ Comment une simple otite peut-elle évoluer vers une mastoïdite ? Quels sont les signes d'alerte à surveiller ? Quels traitements permettent d'éviter ces complications ? Explications․
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Après plusieurs jours d’otite, l’état de l’enfant semble s’améliorer. Pourtant, la fièvre réapparaît, une douleur s’installe derrière l’oreille et un gonflement rouge et chaud repousse progressivement le pavillon vers l’avant, donnant l’impression que l’oreille se décolle du crâne.

Ces signes peuvent révéler une mastoïdite, une complication rare mais potentiellement grave de l’otite moyenne aiguë. L’infection s’étend alors jusqu’à la mastoïde, l’os situé derrière l’oreille.

Si une douleur isolée à cet endroit n’est pas forcément inquiétante, l’association d’une forte fièvre, d’un gonflement rétroauriculaire et d’une oreille décollée nécessite une consultation médicale en urgence.

Devenue beaucoup plus rare grâce aux antibiotiques et à la vaccination, la mastoïdite reste une urgence ORL en raison de sa proximité avec l’oreille interne, le nerf facial et les enveloppes du cerveau.

Comment une simple otite peut-elle évoluer en mastoïdite ?

A savoir, la mastoïde est un os situé juste derrière le pavillon de l’oreille. Elle fait partie de l’os temporal et renferme de nombreuses petites cavités remplies d’air, appelées cellules mastoïdiennes. Ces cavités communiquent directement avec l’oreille moyenne, située derrière le tympan.

Chez le jeune enfant, la trompe d’Eustache, qui relie l’oreille au fond du nez, est plus courte et plus horizontale que chez l’adulte. Les sécrétions s’évacuent donc moins facilement, ce qui favorise les otites.

Lorsqu’une otite moyenne aiguë d’origine bactérienne n’est pas suffisamment contrôlée, l’infection peut s’étendre depuis l’oreille moyenne jusqu’aux cellules de la mastoïde.

Le pus s’y accumule progressivement et provoque une inflammation de l’os. Sans traitement rapide, cette infection peut détruire les fines cloisons osseuses qui séparent les différentes cavités mastoïdiennes.

Quels sont les symptômes d’une mastoïdite chez l’enfant ?

Chez les nourrissons et les jeunes enfants, la mastoïdite apparaît généralement dans les jours qui suivent une otite. Les symptômes doivent particulièrement alerter lorsqu’une otite semble ne pas guérir malgré le traitement ou que l’état de l’enfant se dégrade après une amélioration initiale.

Concrètement, le signe le plus caractéristique est un gonflement situé derrière l’oreille. La peau devient rouge, chaude, douloureuse et sensible au toucher.

Sous l’effet de cette inflammation, le pavillon de l’oreille est progressivement repoussé vers l’avant et légèrement vers le bas. Cette oreille « décollée » constitue un signe très évocateur de mastoïdite.

Un écoulement de pus par le conduit auditif peut également apparaître si le tympan se perce spontanément sous la pression de l’infection.

Parallèlement, l’état général de l’enfant se détériore souvent. Une forte fièvre persistante, une irritabilité importante, un refus de s’alimenter, des pleurs lorsqu’il est couché sur l’oreille atteinte ou une fatigue inhabituelle doivent conduire à consulter rapidement.

Plus rarement, une mastoïdite dite « masquée » ou « silencieuse » peut survenir. Les signes locaux sont alors beaucoup moins visibles, notamment après un traitement antibiotique qui a partiellement freiné l’infection. L’enfant présente surtout des maux de tête persistants, une fatigue importante ou une baisse de l’audition.

Quels sont les signes d’une urgence médicale ?

La mastoïdite nécessite toujours une prise en charge rapide. Certains symptômes peuvent toutefois traduire une propagation de l’infection vers les structures situées à proximité du cerveau et imposent d’appeler immédiatement le 15 ou le 112.

Il s’agit notamment d’une somnolence inhabituelle, d’une confusion, de convulsions, d’une raideur de la nuque ou de maux de tête particulièrement violents, qui peuvent évoquer une méningite, un abcès cérébral ou une thrombose veineuse.

Une paralysie d’un côté du visage, avec une bouche déviée ou un œil qui ne se ferme plus correctement, doit également alerter, tout comme l’apparition de vertiges importants, de vomissements ou de troubles de l’équilibre pouvant traduire une atteinte de l’oreille interne.

Comment diagnostique-t-on une mastoïdite ?

Le diagnostic repose d’abord sur l’examen clinique réalisé par un médecin, le plus souvent un ORL.

Lorsque la mastoïdite est suspectée, un scanner de l’os temporal est fréquemment réalisé. Cet examen permet de visualiser les cellules mastoïdiennes, de rechercher une éventuelle destruction osseuse et d’évaluer l’extension de l’infection. Il aide également à décider si un traitement médical suffit ou si une intervention chirurgicale est nécessaire.

Comment traite-t-on une mastoïdite ?

Attention, la mastoïdite est une infection osseuse qui nécessite presque toujours une hospitalisation. Les traitements réalisés à domicile ou les restes d’antibiotiques ne permettent pas de contrôler efficacement cette infection.

Le traitement repose d’abord sur l’administration rapide d’antibiotiques par voie intraveineuse afin d’obtenir des concentrations élevées dans l’os infecté. Une fois l’amélioration clinique obtenue, le traitement est relayé par des antibiotiques pris par voie orale pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines, selon les recommandations du médecin.

Lorsque le pus reste bloqué dans l’oreille moyenne, une paracentèse, également appelée myringotomie, peut être réalisée. Cette petite incision du tympan permet d’évacuer les sécrétions, de soulager la pression et de prélever un échantillon afin d’identifier précisément la bactérie responsable.

Dans les formes les plus sévères, notamment lorsqu’un abcès s’est formé ou que l’infection ne répond pas aux antibiotiques, une mastoïdectomie peut être nécessaire. Cette intervention chirurgicale consiste à ouvrir la mastoïde afin d’éliminer les tissus infectés et de drainer le pus.

Comment évolue une mastoïdite et peut-on la prévenir ?

En fait, lorsqu’elle est diagnostiquée rapidement et correctement traitée, la mastoïdite évolue le plus souvent favorablement. Une baisse temporaire de l’audition est fréquente pendant la guérison, le temps que le liquide résiduel disparaisse complètement de l’oreille moyenne.

Un suivi médical est nécessaire afin de vérifier la cicatrisation du tympan, la disparition de l’infection et le retour d’une audition normale.

La meilleure prévention consiste à traiter rapidement les otites et à respecter le calendrier vaccinal de l’enfant. Les vaccins contre le pneumocoque et Haemophilus influenzae de type b ont fortement réduit la fréquence des formes graves d’otite et de leurs complications, dont la mastoïdite.

À SAVOIR

En décembre 1560, le roi François II, âgé de 16 ans, meurt après une infection de l’oreille compliquée d’une atteinte mastoïdienne, aujourd’hui considérée par plusieurs historiens de la médecine comme une probable mastoïdite aiguë. Faute de traitement chirurgical, pourtant envisagé par le chirurgien Ambroise Paré, le jeune souverain succombe, dans un contexte où les considérations politiques et religieuses compliquent toute intervention. Sa disparition entraîne le retour de Marie Stuart en Écosse et ouvre une période d’instabilité qui précède les guerres de Religion en France.

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Pier Paolo Walack
Journaliste pour Ma Santé. Formé au marketing, Pier Paolo s'est tourné vers le journalisme avec l’envie de mieux informer et de donner du sens aux sujets traités. Aujourd’hui, il s’intéresse particulièrement aux questions de santé, qu’il aborde avec un souci de clarté, de pédagogie et de fiabilité, afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre des informations parfois complexes.

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