Vacances : ne rien prévoir est bon pour votre cerveau

le 25 juillet 2026 à 10h18
Une femme allongée dans un hamac profite de ses vacances sans rien faire.
Et vous, quoi de prévu pour ces vacances ? © Magnific
Laisser tomber le programme, oublier sa montre, s'autoriser à rêvasser... Et si les vacances les plus utiles étaient celles où l'on ne fait presque rien, sinon profiter du soleil ? Plusieurs travaux en neurosciences montrent que ces moments d'oisiveté ne sont pas du temps perdu. Au contraire, ils seraient un temps précieux pour votre cerveau. 
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Les vacances sont souvent vécues comme une course contre la montre. Il faut visiter, découvrir, pratiquer une activité, rentabiliser chaque journée. Pourtant, cette quête de productivité ne laisse parfois aucun répit au cerveau.

À rebours de cette tendance, de nombreux chercheurs rappellent aujourd’hui que les périodes de véritable déconnexion jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement cérébral. En s’accordant des moments où l’esprit n’est focalisé sur aucune tâche particulière, le cerveau active un réseau bien spécifique qui participe à l’organisation des souvenirs, à la résolution de problèmes et au maintien de notre équilibre mental. Une bonne nouvelle pour celles et ceux qui culpabilisent à l’idée de passer une journée entière dans un hamac ou à contempler la mer.

Pourquoi ne rien faire est bénéfique pour votre cerveau ? 

Le cerveau ne s’arrête jamais, même lorsque vous ne faites rien

À première vue, ne rien faire ressemble à une activité… sans activité. Pourtant, c’est tout l’inverse. Lorsqu’il n’est plus occupé à répondre à des sollicitations permanentes, il se met au travail.. autrement. En 2001, le neurologue américain Marcus Raichle et son équipe ont identifié ce que les chercheurs appellent le « réseau du mode par défaut » (Default Mode Network), une découverte majeure publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Ce réseau s’active dès que notre attention cesse d’être mobilisée par une tâche précise : en contemplant un paysage, en marchant sans but, en regardant par la fenêtre ou simplement en laissant son esprit vagabonder.

Pendant ces moments de calme, le cerveau ne tourne pas au ralenti. Au contraire, plusieurs régions cérébrales échangent activement des informations. Elles trient les souvenirs, relient entre elles des expériences, mettent de l’ordre dans les informations accumulées au fil des jours et préparent parfois les idées de demain.

Un véritable ménage dans les souvenirs

L’une des principales fonctions de ce réseau est de participer à la consolidation de la mémoire. Tout au long de l’année, notre cerveau enregistre une quantité considérable d’informations : conversations, réunions, trajets, lectures, émotions, images… Mais toutes ne peuvent pas être conservées durablement. Selon les connaissances actuelles en neurosciences, le cerveau profite justement des périodes de repos pour faire le tri. Les informations importantes sont progressivement consolidées dans la mémoire à long terme, tandis que d’autres sont éliminées. 

Des travaux publiés notamment dans Nature Reviews Neuroscience soulignent que ces phases de repos éveillé participent à cette réorganisation des souvenirs, en complément du rôle joué par le sommeil. C’est un peu comme si le cerveau profitait enfin d’un bureau vide pour ranger les dossiers qui s’empilaient depuis des mois.

Les meilleures idées arrivent rarement quand on les cherche

Vous vous êtes déjà creusé la tête pendant une heure sans rien trouver… avant d’avoir soudain la solution sous la douche, en balade ou allongé sur une serviette de plage ? Ce scénario est bien plus fréquent qu’on ne le pense. Quand notre attention cesse d’être focalisée sur un problème, le cerveau continue discrètement de travailler. Il relie des souvenirs, croise des informations, teste de nouvelles associations d’idées… sans que l’on s’en rende compte.

Les travaux de Jonathan Schooler, chercheur à l’Université de Californie à Santa Barbara, montrent que ce vagabondage mental (mind wandering) stimule la créativité et favorise l’émergence de nouvelles idées. En laissant l’esprit partir ailleurs, le cerveau devient paradoxalement plus inventif. Voilà pourquoi les meilleures intuitions arrivent souvent au moment où l’on a enfin lâché prise. Une promenade sans but, une sieste à l’ombre, quelques minutes à regarder les vagues ou les nuages… Ces instants qui semblent improductifs sont parfois ceux où le cerveau fait son travail le plus créatif.

L’hyperconnexion laisse peu de place à ce temps de récupération

Si ces périodes de repos deviennent si précieuses aujourd’hui, c’est aussi parce qu’elles se raréfient. Smartphone dans la poche, notifications permanentes, réseaux sociaux, messageries professionnelles, vidéos courtes… Notre cerveau est sollicité quasiment sans interruption. Selon le Baromètre du numérique 2024 réalisé par l’Arcep, l’Arcom, le CGE et l’ANCT, près de neuf Français sur dix possèdent désormais un smartphone. Cet accès permanent à l’information favorise une succession continue de sollicitations qui réduit les véritables moments d’inactivité mentale.

Or, dès qu’un instant de vide apparaît, beaucoup d’entre nous saisissent automatiquement leur téléphone. Le cerveau dispose donc de moins en moins de ces périodes de respiration pendant lesquelles il peut organiser les informations, consolider les souvenirs et laisser émerger de nouvelles idées. Les vacances sont donc une occasion rare de casser ce rythme.

Déconnecter ne signifie pas forcément partir loin

Il n’est pas nécessaire de s’envoler à l’autre bout du monde pour faire du bien à son cerveau. Ce qui compte avant tout, c’est de rompre avec les sollicitations permanentes et de s’autoriser à ralentir. Lire quelques pages sans consulter son téléphone, marcher sans destination précise, observer un coucher de soleil, écouter les cigales ou simplement passer plusieurs heures sans rien avoir de prévu sont déjà de véritables moments de récupération pour le cerveau.

C’est précisément pendant ces parenthèses que le réseau du mode par défaut peut fonctionner pleinement. Libéré des notifications, des échéances et de la nécessité d’être constamment occupé, le cerveau en profite pour trier les informations, consolider les souvenirs et laisser mûrir les idées. Ces moments de calme favorisent aussi une meilleure régulation des émotions. Le cerveau prend alors du recul sur les expériences vécues, les remet en perspective et leur donne davantage de sens. 

Les vacances ne servent pas seulement à récupérer de la fatigue

On associe souvent les vacances à la récupération physique. Pourtant, le cerveau aussi a besoin de souffler. Toute l’année, il alterne concentration, prises de décision, résolution de problèmes, gestion des émotions et adaptation permanente à de nouvelles informations. Sans véritables périodes de pause, cette accumulation peut contribuer à une sensation de saturation mentale, de difficulté à se concentrer ou encore à l’impression que les journées défilent sans laisser de souvenirs marquants.

S’autoriser à ne rien faire quelques heures, voire une journée entière, n’est donc ni de la paresse ni du temps perdu. C’est offrir au cerveau les conditions dont il a besoin pour effectuer son travail de maintenance. À l’heure où l’hyperconnexion est devenue la norme, ces instants de calme apparaissent finalement comme l’un des meilleurs investissements possibles pour préserver sa mémoire, nourrir sa créativité et retrouver une véritable disponibilité mentale avant la rentrée.

À SAVOIR 

Aussi étonnant que cela puisse paraître, lorsqu’il vagabonde ou que vous rêvassez, votre cerveau continue d’utiliser environ 20 % de l’énergie totale de votre organisme, alors qu’il ne représente qu’environ 2 % du poids du corps. 

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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