Une femme qui vieillit en bonne santé en France.
L’espérance de vie sans incapacité progresse depuis quinze ans. © Freepik

Depuis 2008, les Français de 65 ans gagnent près de deux années de vie sans incapacité, selon la DREES (2026). Une amélioration réelle, mais dont le rythme s’essouffle depuis 2019. Et, femmes, hommes, cadres, ouvriers… les trajectoires ne se ressemblent pas, et la France du “bien vieillir” n’avance pas à une seule vitesse.

La dernière étude publiée par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) se penche sur un indicateur très commenté, mais souvent mal compris : l’espérance de vie sans incapacité. Cet indicateur estime le nombre d’années qu’une personne peut vivre sans être limitée dans ses activités quotidiennes par un problème de santé. 

Concrètement, il s’agit de mesurer non seulement combien de temps on vit, mais surtout combien de temps on vit en autonomie, sans que le geste banal, attacher un bouton, monter les escaliers, porter des sacs de courses, ne devienne un obstacle.

Selon la DREES (2026), l’amélioration est de +1,9 an entre 2008 et 2024 pour les femmes comme pour les hommes. Mais les chiffres racontent aussi autre chose. L’essentiel des progrès a eu lieu avant 2019, puis le mouvement s’est nettement ralenti. Et surtout, tout le monde n’avance pas au même rythme.

Les femmes vivent un peu plus longtemps sans incapacité que les hommes, mais elles terminent leur vie avec davantage d’années limitées. Les inégalités sociales, déjà marquées dans l’espérance de vie “classique”, apparaissent également dans la santé des seniors. Les métiers pénibles, les revenus faibles, les expositions professionnelles usantes laissent des traces visibles jusque dans ces statistiques. 

L’étude de la DREES (2026) s’appuie sur les données de l’enquête Statistiques sur les ressources et les conditions de vie (SRCV), menée par l’Insee auprès de milliers de ménages. Elle évalue les limitations fonctionnelles déclarées par les personnes interrogées, ainsi que leurs difficultés dans les gestes de la vie quotidienne.

L’objectif de cet indicateur est de comprendre combien d’années de vie sont vécues en bonne santé fonctionnelle. Il complète ainsi les données habituelles d’espérance de vie, qui, seules, peuvent être trompeuses. Vivre longtemps, c’est bien. Vivre longtemps sans incapacité, c’est mieux.

Une hausse qui atteint +1,9 an en quinze ans

Selon la DREES (2026), une personne âgée de 65 ans peut espérer vivre :

  • 11,8 ans sans incapacité pour les femmes en 2024,
  • 10,5 ans pour les hommes en 2024.

Depuis 2008, cela représente un gain de 1 an et 9 mois pour les deux sexes. Autrement dit, oui, on vieillit mieux qu’il y a quinze ans. La majorité de cette progression s’est produite entre 2008 et 2019, période durant laquelle les politiques de prévention, l’amélioration des conditions de vie et les progrès médicaux ont contribué à repousser l’apparition des limitations fonctionnelles.

Après 2019, un essoufflement marqué

Toujours selon la DREES (2026), l’évolution récente est beaucoup plus modeste :

  • +4 mois entre 2019 et 2024 pour les femmes,
  • +1 mois seulement pour les hommes.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette stagnation :

La DREES rappelle toutefois que l’indicateur repose en partie sur des déclarations individuelles. Les variations annuelles doivent donc être interprétées avec prudence, mais la tendance longue demeure robuste.

À la naissance, l’espérance de vie sans incapacité est estimée à :

  • 64,1 ans pour les femmes,
  • 63,7 ans pour les hommes.

L’écart est faible, bien plus faible que celui de l’espérance de vie totale, où les femmes conservent cinq années d’avance. Cette réduction du différentiel révèle une situation assez paradoxale. Les femmes vivent plus longtemps, mais une partie de ces années se fait avec incapacité. Leur longévité supérieure ne signifie donc pas une meilleure santé, mais un vieillissement différent, souvent marqué par :

  • des maladies chroniques non létales mais invalidantes,
  • une prévalence plus élevée des troubles musculo-squelettiques,
  • une exposition plus forte à certaines précarités sociales (retraites plus basses, carrières hachées).

Les hommes, eux, ont une espérance de vie plus courte, souvent en raison de risques cardio-vasculaires ou d’accidents plus fréquents. Mais leurs années passées en incapacité sont proportionnellement moins nombreuses.

Un indicateur qui varie fortement selon les milieux professionnels

L’étude DREES (2026) ne détaille pas directement l’indicateur par catégorie socio-professionnelle, mais de nombreuses recherches antérieures montrent des écarts importants. Selon une analyse du Conseil d’orientation des retraites, fondée sur les données disponibles, l’espérance de vie diffère sensiblement entre milieux sociaux :

  • à 35 ans, un homme cadre vit en moyenne 6 ans de plus qu’un homme ouvrier,
  • pour les femmes, l’écart dépasse 3 ans.

Ces écarts concernent également les années vécues en bonne santé. Les milieux les plus exposés à la pénibilité sont aussi ceux où l’incapacité arrive plus tôt.

Des données complémentaires publiées par l’Observatoire des inégalités (2025) rappellent que la pénibilité reste une réalité quotidienne pour de nombreux travailleurs. Horaires décalés, bruit, chaleur, contraintes physiques, exposition aux risques…Ces facteurs « pèsent lourdement sur l’usure du corps bien avant 65 ans ».

Le territoire, autre marqueur d’inégalité

L’Institut national d’études démographiques (INED) a montré que l’espérance de vie sans incapacité à 60 ans varie entre 11 et 18 ans selon les départements.

Les territoires cumulant les fragilités socio-économiques (ruralité isolée, pauvreté, désert médical) affichent les indicateurs les plus bas, laissant transparaître un vieillissement plus difficile.

Selon la DREES (2026), la France se situait en 2023 :

La France bénéficie donc d’un système de santé qui protège relativement bien ses seniors, mais les écarts internes restent plus importants que les écarts entre pays. Un paradoxe typiquement français puisque les performances globales sont solides, mais la distribution de la santé très inégale.

À SAVOIR 

Selon l’Insee (2023), l’espérance de vie totale continue également d’augmenter en France, atteignant 85,3 ans pour les femmes et 79,4 ans pour les hommes.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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