On dort, on se lève, on traîne, on bâille… et pourtant, cette fatigue ne passe pas. Pas un mouvement sans un soupir… Si vous avez l’impression d’être plus fatigué ces derniers temps, vous n’êtes pas seul. En France, une épidémie de fatigue semble s’imposer ces derniers temps. Mais pourquoi tout le monde semble à plat en ce moment? Décryptage.
On a tous l’impression que la fatigue est devenue la norme. Dans le métro, au bureau, à la maison. En France, les troubles du sommeil et la fatigue persistante touchent une large part de la population.
Selon les données de Santé publique France, entre 30 % et 50 % des adultes déclarent avoir souffert, à un moment donné, d’un trouble du sommeil, qu’il soit ponctuel ou plus durable. Autrement dit, mal dormir est devenu presque banal.
Même constat du côté des enquêtes d’opinion. Une étude Ipsos montre que 47 % des Français ont connu une fatigue persistante pendant au moins une semaine au cours de l’année écoulée, qu’elle soit physique, mentale ou les deux à la fois. Ici, on ne parle plus d’un simple coup de mou, mais d’un état de fatigue qui s’installe dans le temps.
Mais pourquoi tout le monde est fatigué en ce moment ?
Fatigue persistante : métro, boulot, dodo et… manque de sommeil
On dors moins et souvent moins bien qu’il y a dix ans. Un tiers des adultes français dorment moins de sept heures par nuit, soit en dessous des recommandations de 7 à 9 heures pour un adulte en bonne santé. Cela ne concerne pas seulement la durée du sommeil, mais aussi sa qualité. Beaucoup se réveillent souvent la nuit, ont du mal à s’endormir ou se réveillent sans se sentir reposés.
Or le manque de sommeil a des conséquences directes et parfois insoupçonnées :
- difficultés de concentration,
- humeur en dents de scie,
- prise de poids,
- systèmes immunitaire affaibli,
- et, évidemment, la sensation permanente de fatigue.
Ce déficit, souvent chronique, épuise non seulement le corps mais aussi l’esprit, creusant un fossé entre notre énergie attendue et notre énergie réelle.
Le mode de vie moderne : stress, écrans et rythmes perturbés
Ce n’est pas un hasard si la fatigue a explosé ces dernières années. Notre cerveau est sans cesse sollicité. Les mails, les notifications, les décisions à prendre en continu créent une hyperstimulation cognitive et donc une fatigue mentale. Ce phénomène épuise progressivement notre capacité à maintenir une vigilance et une énergie élevées au quotidien.
Les écrans, surtout le soir, perturbent notre horloge biologique en retardant la production de mélatonine, l’hormone qui déclenche l’endormissement. À cela s’ajoutent le stress professionnel, les trajets, les obligations familiales, et, pour certains, le télétravail qui brouille encore plus la frontière entre vie pro et vie perso. C’est un cocktail parfait pour tirer sur la corde énergétique.
Covid long : les effets résiduels du Covid
Même si la pandémie semble désormais derrière nous, le Covid continue de laisser des traces, parfois discrètes, parfois très envahissantes. La fatigue est aujourd’hui identifiée comme l’un des symptômes les plus fréquents du Covid long, une condition post-infectieuse reconnue officiellement par l’OMS.
Selon l’OMS, environ 6 % des personnes infectées par le SARS-CoV-2 développent un Covid long, avec des symptômes qui persistent au-delà de trois mois après l’infection initiale. Et la fatigue arrive largement en tête des plaintes. Concrètement, les patients concernés décrivent souvent :
- une fatigue intense et inhabituelle, sans lien avec l’effort fourni,
- une sensation d’épuisement dès le matin, parfois aggravée après une activité pourtant banale,
- des troubles de la concentration et de la mémoire (le fameux brouillard mental),
- des troubles du sommeil : endormissement difficile, sommeil non réparateur, réveils nocturnes.
Même lorsque l’infection aiguë a été bénigne, ces symptômes peuvent s’installer durablement. Les études montrent que le repos seul ne suffit pas toujours à faire disparaître cette fatigue, ce qui la distingue d’un simple coup de mou saisonnier.
Fatigue vs somnolence : attention, nuance !
Dans le langage courant, on met tout dans le même sac. On dit “je suis crevé”, “je tombe de fatigue”, “je pourrais dormir debout”… alors que fatigue et somnolence ne racontent pas exactement la même histoire.
La fatigue est une sensation globale. Elle touche à la fois le corps et l’esprit. On se sent vidé, sans énergie, parfois irritable, moins concentré, avec l’impression d’avancer au ralenti. Elle peut apparaître même après une nuit complète, et ne disparaît pas forcément avec une sieste.
La somnolence, c’est l’envie irrépressible de dormir, notamment en journée. On lutte pour garder les yeux ouverts, on pique du nez devant un écran ou au volant. En France, environ 8 % de la population souffre de somnolence diurne excessive, selon les données issues des enquêtes sur le sommeil.
La somnolence diurne est souvent le signal d’alerte de troubles du sommeil comme l’apnée du sommeil, l’insomnie sévère ou des nuits trop courtes répétées. La fatigue, elle, peut avoir des causes beaucoup plus larges : stress, surcharge mentale, manque de récupération, maladies, infections récentes ou déséquilibres du rythme de vie.
À SAVOIR
Certaines carences nutritionnelles courantes peuvent accentuer la fatigue, même chez des personnes en bonne santé. C’est notamment le cas du fer, de la vitamine D ou de la vitamine B12, essentiels à la production d’énergie et au bon fonctionnement du système nerveux.








