Un patron épuisé, au bord du gouffre, à son bureau.
La santé mentale est dangereusement en berne depuis le Covid. © Freepik

Diriger une TPE, PME ou ETI en France en 2025, c’est un peu comme courir un marathon sans ligne d’arrivée visible. Après des années de crises, de Covid à l’inflation, les patrons sont à bout de souffle. Une étude récente, menée par la Fondation MMA des Entrepreneurs du Futur et Bpifrance Le Lab, lève le voile sur une réalité inquiétante : 82 % d’entre eux souffrent de troubles physiques ou psychologiques, et un sur quatre cache une addiction qu’il peine à gérer. Explications.

Gérer une entreprise, ce n’est pas seulement piloter des chiffres, organiser des réunions ou trouver des clients. C’est aussi porter une charge mentale et physique immense, qui s’est aggravée depuis la crise sanitaire. La dernière enquête de la Fondation MMA des Entrepreneurs du Futur et Bpifrance Le Lab, réalisée auprès de 1 515 dirigeants au printemps 2025, dévoile un état de santé en net recul chez ces décideurs.

Si 85 % se jugent encore en bonne santé physique (contre 90 % en 2024), ils sont surtout 82 % à déclarer souffrir d’au moins un trouble physique ou psychologique, un chiffre en hausse de 11 points en un an et de plus de 20 points en trois ans. On est loin de la forme olympique.

Les troubles les plus fréquents ? Le mal de dos (52 %), les troubles du sommeil (48 %) et l’anxiété (48 %). Sans oublier les migraines, douleurs articulaires ou encore troubles digestifs, qui progressent eux aussi. Comme si les dirigeants portaient tout le poids du monde sur leurs épaules, parfois littéralement.

Un mal-être psychologique qui s’installe, surtout chez les plus anciens

Si les signes physiques sont alarmants, la santé mentale ne suit pas la cadence. 32 % des dirigeants se disent en mauvaise forme psychologique, soit une baisse notable depuis 2024. Là aussi, des disparités apparaissent. Les secteurs des services aux particuliers affichent 39 % de mal-être, contre seulement 25 % dans l’industrie.

Autre facteur : l’âge de l’entreprise. Plus une société existe longtemps, plus le dirigeant trinque. Ceux à la tête d’entreprises entre 15 et 20 ans voient leur santé mentale se dégrader (35 % en mauvaise forme), tandis que les créateurs récents sont un peu moins touchés (17 %). On devine que l’expérience apporte parfois de la résilience, mais aussi un certain épuisement.

Enfin, ceux qui possèdent 100 % du capital sont plus affectés (37 % en mauvaise santé mentale) que les non-actionnaires (22 %). La pression d’avoir l’entreprise sur les épaules est un vrai facteur de risque.

Renoncer aux soins, un réflexe dangereux

Face à ces souffrances, le comportement des dirigeants reste préoccupant. Un sur trois renonce à consulter un médecin au cours de l’année, souvent par manque de temps (68 %) ou pour ne pas délaisser son activité (34 %). Pire, 11 % ne voient jamais un professionnel de santé, un chiffre qui monte à 18 % dans l’hôtellerie-restauration.

Cette tendance au renoncement aggrave probablement la dégradation de leur état, un cercle vicieux difficile à briser.

Alcool, tabac, drogues : des consommations à risque 

Le baromètre 2025 met aussi en lumière un sujet tabou : la consommation de substances potentiellement addictives chez les dirigeants. Et là, surprise : 52 % déclarent consommer de l’alcool au moins une fois par mois, un chiffre plus élevé que la moyenne nationale (37 % de consommateurs hebdomadaires selon l’OFDT, 2023). Parmi eux, 65 % boivent même chaque semaine, et 7 % quotidiennement.

Côté tabac et vapotage, les dirigeants (21 %) se situent à peu près dans la moyenne nationale (23 %). Quant aux médicaments contre l’anxiété et la dépression, ils sont nettement moins nombreux (5 %) que la population générale (21 %, INRS).

Enfin, 2 % consomment des drogues illicites (cannabis, cocaïne, amphétamines), un peu en-dessous de la moyenne nationale (3,4 %).

Quand la consommation rime avec habitude… ou besoin de décompresser

Les motivations ? Plutôt des raisons banales : détente (42 %), plaisir (40 %) ou simple habitude (49 %). La notion de performance (tenir le rythme) ne concerne que 8 % des répondants. La consommation s’inscrit donc souvent dans un cadre social ou personnel (52 % lors de festivités, 30 % lors de mondanités professionnelles).

Mais gare à la dérive. Près d’un dirigeant sur quatre présente une consommation à risque, définie par plus de 8 verres d’alcool par semaine, consommation régulière de tabac, usage mensuel de drogues ou médicaments psychotropes.

Étonnamment, une large majorité des « à risque » minimise l’impact sur leur travail et leur entreprise. Seuls 8 % admettent une influence négative sur leur quotidien, 4 % sur leur activité.

Addictions : un quart des dirigeants concernés, mais peu d’aide

Autre chiffre marquant : 25 % des dirigeants ont souffert ou souffrent d’une addiction. Et pourtant, 60 % d’entre eux n’ont jamais cherché à se faire aider. La peur d’entacher leur image ou la volonté de gérer seuls leurs problèmes semblent encore bien vivaces.

Parmi ceux qui ont franchi le pas, 74 % se sont tournés vers un professionnel de santé.

Sylvie Bonello, déléguée générale de la Fondation MMA Entrepreneurs du Futur, alerte : “Après tant d’épreuves, les dirigeants montrent des signes d’essoufflement qu’il faut impérativement accompagner. La question des addictions, trop longtemps taboue, mérite une attention particulière.”

Élise Tissier, directrice de Bpifrance Le Lab, souligne : La santé des dirigeants est le premier actif hors bilan de l’entreprise. Sa dégradation, surtout chez les actionnaires majoritaires, doit interpeller. Heureusement, entreprendre protège de certains maux, comme la prise d’anxiolytiques.”

À SAVOIR

Selon une étude de l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA, 2024), 60 % des dirigeants souffrent de stress professionnel chronique, un facteur majeur de troubles physiques et psychologiques.

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Ma Santé

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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