
Lorsque le mercure grimpe, ce n’est pas seulement notre confort qui en prend un coup : nos traitements médicamenteux aussi peuvent se comporter différemment. Certains aggravent les effets de la chaleur, d’autres deviennent moins efficaces, et d’autres encore rendent notre peau hypersensible au soleil. Un cocktail potentiellement dangereux, à mieux comprendre pour l’éviter.
Depuis plusieurs années, la France connaît des épisodes de canicule plus longs, plus intenses et plus fréquents. Le changement climatique en est en grande partie responsable. À titre d’exemple, 18 épisodes de vagues de chaleur ont été recensés en 2023 sur le territoire métropolitain, avec un impact sanitaire préoccupant : plus de 3 700 décès en excès attribués à la chaleur, selon Santé publique France.
Les personnes âgées, les malades chroniques ou celles sous traitement au long cours sont les plus vulnérables. Leur organisme régule moins bien la température, et leurs médicaments peuvent compliquer encore davantage cette régulation.
En ce mois de juin, la France vit son tout premier pic de chaleur de l’été. L’occasion pour l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) de rappeler que le cocktail médicaments et fortes chaleurs pouvait être particulièrement explosif.
Une chaleur de plus en plus fréquente… et dangereuse
Comment la chaleur modifie-t-elle les effets des médicaments ?
Lorsque la température extérieure dépasse les 30 °C, le corps humain mobilise son système de thermorégulation : il dilate ses vaisseaux sanguins et transpire davantage pour évacuer la chaleur.
Mais si ce système est mis à rude épreuve (par l’âge, la maladie ou certains médicaments), le risque d’épuisement-déshydratation ou de coup de chaleur augmente considérablement.
Diurétiques, neuroleptiques, antihypertenseurs : des effets à surveiller
Certains médicaments peuvent favoriser la déshydratation. C’est notamment le cas :
- Des diurétiques, qui augmentent l’élimination d’eau et de sels minéraux,
- Des laxatifs stimulants,
- De certains antihypertenseurs ou traitements antidiabétiques.
D’autres perturbent la régulation thermique du corps, en limitant la transpiration ou la sensation de soif :
- Les anticholinergiques,
- Les neuroleptiques (traitement de troubles psychiatriques),
- Les antidépresseurs tricycliques,
- Les médicaments antiparkinsoniens.
Ces traitements peuvent mener à des symptômes sévères : crampes, étourdissements, hypotension, confusion… Autant de signes d’un possible syndrome d’épuisement-déshydratation, voire d’un coup de chaleur si la température corporelle dépasse 40 °C. C’est une urgence médicale.
L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) recommande ainsi de faire un point avec son médecin ou son pharmacien en cas de forte chaleur, notamment si l’on suit un traitement chronique.
Canicule : non, le paracétamol n’est pas une solution miracle contre les maux de chaleur
Face à un mal de tête ou une sensation d’épuisement due à la chaleur, il peut être tentant de prendre du paracétamol. Pourtant, ce réflexe est à éviter. Ce médicament ne fait pas baisser la température en cas de coup de chaleur, et les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme l’ibuprofène peuvent même aggraver la situation : ils altèrent le fonctionnement rénal, déjà mis à mal par la déshydratation, et peuvent provoquer des troubles cardiovasculaires.
En cas de symptômes inhabituels après une exposition à la chaleur, il est préférable de consulter un professionnel de santé plutôt que de s’auto-médicamenter.
Soleil et médicaments : attention à la photosensibilisation
La phototoxicité
Ce que l’on sait moins, c’est que certains médicaments peuvent rendre la peau hypersensible au soleil, même lorsque celui-ci est voilé. Deux types de réactions sont possibles. La première : la phototoxité.
Elle survient rapidement après l’exposition et se manifeste comme un coup de soleil très intense, parfois avec cloques. Cette réaction est localisée aux zones exposées et concerne aussi bien les traitements appliqués sur la peau (gels, crèmes) que ceux pris par voie orale (comprimés).
La photoallergie
Plus rare, cette réaction est allergique et peut survenir sur des zones non exposées au soleil. Elle ressemble à de l’eczéma ou de l’urticaire. Elle nécessite une sensibilisation préalable du système immunitaire au médicament sous l’effet des UV.
Parmi les médicaments concernés :
- Les antibiotiques (quinolones, tétracyclines),
- Les AINS en gel (anti-inflammatoires type kétoprofène),
- Certains antidépresseurs et antihistaminiques,
- Des produits dermatologiques contre l’acné ou les mycoses.
L’ANSM recommande d’éviter toute exposition solaire lors de la prise de ces traitements, de porter des vêtements couvrants et d’appliquer une crème solaire indice 50+, y compris plusieurs jours après l’arrêt du médicament.
Conserver et transporter ses médicaments quand il fait chaud
En période de forte chaleur, les conditions de conservation des médicaments deviennent cruciales. Une température trop élevée peut altérer la stabilité et l’efficacité du traitement, voire entraîner une perte de principes actifs.
À domicile :
- Respecter les indications de température figurant sur la notice (souvent “inférieur à 25 °C” ou “30 °C”),
- Ne pas exposer les boîtes au soleil,
- Conserver les traitements sensibles (insuline, vaccins, collyres) entre 2 et 8 °C, au réfrigérateur.
En voyage :
- Utiliser une pochette isotherme pour les médicaments classiques,
- Transporter les médicaments réfrigérés avec un sac isotherme équipé de blocs froids, sans les congeler,
- Ne jamais laisser les médicaments dans une voiture, même si celle-ci est à l’ombre ou en mouvement.
Selon l’ANSM, ces consignes s’appliquent également aux lecteurs de glycémie et à leurs réactifs, dont la fiabilité peut être compromise par une exposition à la chaleur ou à l’humidité.
À SAVOIR
En périodes de canicule, les passages aux urgences pour insuffisance rénale aiguë explosent. Une étude récente de Santé publique France, couvrant 2015 à 2022 en Auvergne-Rhône-Alpes, révèle une augmentation de +47 % des admissions urgentes pour ce motif lorsque les températures dépassent les seuils d’alerte météorologiques (≥ 24 °C).







