Un rayon de supermarchés rempli de produits à base de protéines ajoutées.
En France, 65 % des protéines consommées proviennent des produits animaux (INRAE, 2023). © Adobe Stock

Yaourts « high protein », barres énergétiques, biscuits enrichis… Les protéines s’affichent comme l’ingrédient star de nos rayons. Mais que disent vraiment les données scientifiques ? Et quels sont les risques quand on en consomme trop ? Eléments de réponse.

En France, les repères officiels fixés par l’ANSES recommandent 0,83 g de protéines par kilo de poids corporel et par jour pour un adulte en bonne santé. Cela correspond à environ 58 g par jour pour une personne de 70 kg.

Or, d’après l’étude nationale INCA 3 (2017), la consommation moyenne des adultes français atteint déjà 1,4 g/kg/jour, soit environ 98 g par jour pour 70 kg. Autrement dit, nous consommons déjà presque deux fois les besoins minimaux… sans avoir recours aux produits enrichis.

Cette donnée montre que, pour la majorité de la population, l’apport protéique est largement suffisant. L’idée qu’il faudrait systématiquement ajouter des protéines via des produits transformés est donc discutable. Voire carrément erronée !

Les protéines ont bonne presse. Elles rassasient plus longtemps, favorisent l’entretien de la masse musculaire et sont perçues comme un allié minceur. Dans une société où la performance et la santé sont valorisées, elles apparaissent presque incontournables.

Pourtant, seuls certains profils bénéficient vraiment d’un apport supérieur :

  • Les seniors, qui doivent lutter contre la fonte musculaire liée à l’âge.
  • Les sportifs, dont les besoins augmentent avec l’entraînement et la récupération.
  • Les patients en convalescence, qui nécessitent plus de protéines pour la cicatrisation et la réparation des tissus.

Dans ces cas précis, viser 1,2 à 1,6 g/kg/jour peut être pertinent. Mais pour le reste de la population, un apport supérieur n’apporte pas d’avantage supplémentaire. Plus n’est pas forcément mieux. 

Les risques d’un excès : ce que disent les études

L’excès de protéines n’est pas sans conséquences. Les études scientifiques identifient plusieurs risques :

  • Santé rénale : selon les recommandations KDIGO 2024, il est déconseillé de dépasser 1,3 g/kg/jour chez les personnes souffrant ou à risque de maladie rénale chronique. Un apport excessif augmente la production de déchets azotés, ce qui surcharge la fonction rénale.
  • Santé cardiovasculaire : une étude publiée dans Nature Metabolism (2024) montre qu’au-delà de 22 % de l’apport énergétique total en protéines, certaines voies métaboliques s’activent, favorisant la formation de dépôts dans les artères. Les protéines issues de viandes rouges et transformées sont particulièrement concernées.
  • Inflammation et athérosclérose : d’autres recherches, comme celles de l’Observatoire de la prévention de l’Institut de cardiologie de Montréal (2024), associent une consommation très élevée de protéines animales à un risque accru d’inflammation chronique et d’athérosclérose.
  • Effets à court terme : fatigue, nausées, troubles digestifs, voire déshydratation ont été rapportés dans plusieurs enquêtes.

Toutes les protéines ne se valent pas

Maintenant, pour bien comprendre la problématique, il faut distinguer les différentes sources protéiniques. Les protéines animales, surtout celles provenant de viandes rouges et transformées, génèrent le plus d’effets négatifs lorsqu’elles sont consommées en excès. Les protéines végétales, en revanche, présentes dans les légumineuses, les céréales complètes et les oléagineux, semblent plus protectrices.

Des études publiées dans Hypertension (2022) et confirmées en 2024 indiquent qu’un régime diversifié, combinant plusieurs sources de protéines, améliore le profil cardiovasculaire. Diversifier les apports reste donc une stratégie gagnante.

Produits enrichis : un marketing bien rodé

En réalité, l’essor des produits « high protein » est avant tout porté par le marketing. Les industriels proposent une large gamme de yaourts, biscuits ou boissons protéinées censés répondre aux besoins du consommateur moderne. Mais la réalité est moins flatteuse.

Comme le rappelle National Geographic (2024), ces produits sont souvent ultra-transformés, riches en additifs, édulcorants ou sucres cachés. Leur intérêt nutritionnel est limité, surtout pour une population qui consomme déjà assez de protéines. Un simple œuf, un yaourt nature ou une portion de lentilles suffisent souvent à couvrir une part importante des besoins quotidiens, sans coût supplémentaire ni additifs.

Pour les experts, la solution est simple : privilégier une alimentation variée et de qualité. Cela passe par :

  • L’alternance entre protéines animales (œufs, poissons, volailles maigres) et végétales (légumineuses, noix, céréales complètes).
  • L’intégration de fibres, glucides complexes et bons lipides dans les repas.
  • La limitation des produits transformés et enrichis inutilement.

L’alimentation traditionnelle française, diversifiée et équilibrée, couvre largement les besoins en protéines. La priorité reste l’harmonie nutritionnelle, pas la surenchère. Qu’on se le dise…

À SAVOIR 

Selon une étude du British Journal of Nutrition (2021), dépasser régulièrement 2 g/kg/jour chez des adultes en bonne santé n’apporte aucun bénéfice et impose une charge métabolique inutile. Mieux vaut viser les repères officiels de l’ANSES.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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