
Manger de la craie, de la terre ou du papier peut sembler inconcevable pour la plupart des gens. Pourtant, certaines personnes ressentent une envie irrépressible d’ingérer des substances non alimentaires, parfois dangereuses pour leur santé. Ce trouble porte un nom : le syndrome de Pica. Peu connu du grand public, il intrigue autant qu’il inquiète. Quelles en sont les causes et les conséquences ?
Peut-on réellement avoir envie de manger de la terre, du savon ou du métal ? Aussi surprenant que cela puisse paraître, certaines personnes ressentent une pulsion irrépressible pour ces substances non alimentaires.
Ce comportement, connu sous le nom de syndrome de Pica est un trouble alimentaire caractérisé par l’ingestion persistante de substances non comestible. Ce syndrome ne se résume pas à une simple bizarrerie alimentaire : il peut entraîner des complications graves, allant des carences nutritionnelles aux intoxications et aux obstructions intestinales.
C’est quoi le syndrome de Pica ?
Le syndrome de Pica : un trouble alimentaire insoupçonné
Le syndrome de Pica est classé dans le DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) parmi les troubles du comportement alimentaire. Il se caractérise par l’ingestion répétée de substances non comestibles pendant au moins un mois, sans aversion pour les aliments normaux. Les substances consommées varient selon les individus et peuvent inclure :
- Terre, argile, craie
- Papier, carton
- Cheveux, ongles
- Peinture, plâtre
- Cailloux, sable
- Métal, plastique
- Cendres, mégots de cigarettes
Populations à risque : qui est vraiment touché par le Pica ?
Le syndrome de Pica est plus fréquent chez certaines populations :
- Les jeunes enfants, particulièrement entre 2 et 6 ans, car ils explorent le monde par la bouche. Mais peut persister en cas de manque de supervision ou de troubles associés.
- Les femmes enceintes, souvent causé par des carences en fer, zinc ou calcium, pouvant entraîner une attirance pour la craie, l’argile ou la glace. De plus, des influences hormonales pourraient également jouer un rôle, en modifiant les perceptions du goût et les envies alimentaires.
- Les personnes ayant un trouble du spectre de l’autisme ou une déficience intellectuelle, qui peuvent adopter ce comportement par habitude ou auto-stimulation.
- Les patients atteints de troubles psychiatriques, comme la schizophrénie, la démence ou le TOC.
Bien que plus rare chez l’adulte en bonne santé, le Pica peut apparaître en réponse à des carences nutritionnelles, du stress ou des troubles alimentaires. Ce trouble, souvent sous-estimé, peut pourtant entraîner des risques graves, nécessitant une prise en charge adaptée.
Pourquoi mange-t-on des objets non comestibles ?
Le développement du syndrome de Pica est influencé par plusieurs facteurs psychologiques et environnementaux.
- Facteurs psychologiques : l’anxiété, le stress et la recherche de sensations peuvent conduire au Pica, souvent chez les personnes ayant des troubles mentaux comme le TOC, l’autisme ou la schizophrénie. La honte et la détresse émotionnelle jouent également un rôle.
- Facteurs environnementaux : les traumatismes, la négligence parentale et une structure familiale désorganisée augmentent le risque. Certaines cultures acceptent également certaines formes de Pica, comme la consommation de kaolin.
- Facteurs nutritionnels et développementaux : la privation maternelle, la malnutrition ou une stimulation orale excessive pendant l’enfance peuvent favoriser ce comportement.
Risques, complications et traitements
Risques et complications : quand le Pica met la santé en danger
Le syndrome de Pica peut entraîner des complications variées selon les substances ingérées. Les risques digestifs incluent des obstructions intestinales pouvant nécessiter une chirurgie, ainsi que des perforations ou ulcères dus à l’ingestion de matériaux durs ou pointus.
Les intoxications, notamment au plomb via la peinture ancienne ou la terre contaminée, peuvent causer des troubles neurologiques et rénaux. L’ingestion de terre ou d’excréments expose à des infections parasitaires ou bactériennes (E. coli, Salmonella), entraînant diarrhées et déshydratation.
Enfin, le Pica peut aggraver des carences nutritionnelles, notamment en fer et zinc, favorisant l’anémie et la malnutrition, surtout chez les enfants et les femmes enceintes
Repérer le Pica : comment poser un diagnostic précis ?
Le diagnostic du Pica repose sur plusieurs éléments :
- Un interrogatoire détaillé du patient et de son entourage pour identifier les substances ingérées et la fréquence du comportement.
- Des examens biologiques pour détecter d’éventuelles carences en fer, zinc ou autres nutriments.
- Des examens d’imagerie (radiographies, échographies) en cas de suspicion de complications digestives.
Les professionnels de santé doivent aussi rechercher d’éventuels troubles psychiatriques ou développementaux associés.
Le Pica sous contrôle : les clés pour un traitement efficace
Le traitement du Pica dépend de sa cause sous-jacente :
- Correction des carences : un apport en fer ou en zinc peut réduire les comportements liés à des déficits nutritionnels.
- Approche comportementale : la thérapie cognitive et comportementale (TCC) peut aider à modifier les habitudes alimentaires et à contrôler les impulsions.
- Encadrement médical et social : pour les personnes atteintes de troubles du développement, un suivi personnalisé peut être nécessaire pour réduire les comportements dangereux.
- Médicaments : dans certains cas, des traitements psychotropes sont prescrits pour gérer des troubles psychiatriques associés.
La prise en charge est souvent multidisciplinaire, impliquant médecins, diététiciens, psychologues et éducateurs spécialisés.
Le syndrome de Pica est bien plus qu’un simple comportement étrange, il peut avoir des conséquences dramatiques sur la santé si on ne réagit pas à temps. Souvent négligé, ce trouble cache des causes profondes qui vont de l’anxiété aux carences nutritionnelles, en passant par des traumatismes. Mais ce n’est pas une fatalité. En détectant tôt les signes et en agissant rapidement, on peut éviter les complications graves.
À SAVOIR
Le syndrome Pica peut être associé à l’anorexie, la boulimie ou d’autres troubles du comportement alimentaire. Certaines personnes ont été hospitalisées après avoir avalé plusieurs kilos de métal, de cheveux ou de plastique.







